L’INTENSITÉ SOCIALE : En deux mots !

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Bonjour à toi,

Aujourd’hui j’ai décidé de parler d’un sujet qui me tient à cœur et qui intéressera toutes les personnes qui ont opté pour un mode de pensée écologique : l’intensité sociale.

Le travail, comme tu le sais déjà, est au centre de nos sociétés. Une fois sorti de l’école, il est le lien social par défaut. Mais il représente aussi le capital social duquel sont puisés les fonds qui financent notre éducation et notre santé, par exemple. Et ce travail… ben, il disparaît ! Donc la gratuité des services qui en résultent suivront. :/

Inéluctable prédiction ? On le verra en fin d’article. Mais pour le moment, définissons un peu les termes.

 

 

L’INTENSITÉ SOCIALE : En deux mots !

Oui, en deux mots. Pour bien comprendre les idées, il faut déjà bien comprendre les mots qui les portent.

Intensité :

L’intensité, dans le langage courant, représente la force, la puissance. On parle de l’intensité d’un sentiment ou d’une lumière.

Social :

Social s’entend comme étant l’expression des relations entre des personnes ayant un dénominateur commun. Souvent un état/pays.

Son sens apparaît plus clairement quand on rappelle que « social » a dérivé de « société ».

Ce qui est social a donc un lien direct avec la société.

D’où : intensité sociale

Dans l’expression intensité sociale du bâtiment, je me réfère principalement à l’intensité en travail (humain vs machine) et à l’incidence environnementale (polluant vs propre).

L’INTENSITÉ SOCIALE ou le coût caché :Intensité sociale 3

 

Comment savoir si on fait correctement quelque chose ? Un des critères qui va de soi est l’efficacité. Si je fais très rapidement la vaisselle, je suis efficace car je dépense peu de temps à mon affaire.

Cependant, quand on regarde de plus près, ce n’est pas forcément aussi simple. Imagine que pour faire rapidement ma vaisselle, à quantité d’assiettes et de plats équivalents, j’utilise 50 fois plus d’eau que mon voisin qui lui est très lent à faire la sienne.

Alors, le temps n’est plus le seul facteur à observer. Car l’eau que j’ai utilisée à un coût et son traitement en amont et en aval également.

Donc mon action me coûtera sur ma facture d’eau et coûtera à la collectivité pour le traitement des eaux usées.

C’est ce que l’on appelle les coûts cachés.

A partir de cette observation, il se pourrait bien que je finisse par conclure que je ne suis pas aussi efficace que je le pensais car le temps que je gagne en allant vite, il va falloir que je l’utilise pour gagner l’argent qui ira payer mes factures.

J’ai volontairement pris un exemple trivial pour illustrer mon propos avec légèreté. Néanmoins, les coûts cachés ont une responsabilité majeure dans les dérèglements climatiques et sociaux. Parce qu’au bout de la chaîne, il y a toujours un idiot qui doit finir par payer les abus collectifs.

D’ailleurs, si tu as déjà été le dernier à régler ta part au restaurant après un dîner de groupe, tu vois très bien de quoi je veux parler 🙂

 

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Article qui intéressera aussi: TON BILAN CARBONE: Combien, comment et pourquoi!

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L’INTENSITÉ SOCIALE dans le bâtiment et la puissance de l’homme

Comme tu le sais, ici on parle de construction écologique, alors revenons à notre laine de moutons bio.

Pour calculer l’intensité sociale dans le bâtiment, plusieurs critères entrent en jeux :

  • Le contenu humain (nombre de personnes nécessaires, durant combien de temps)
  • Le contenu en énergie (pétrole, gaz, essence, électricité, transport…)
  • Le contenu CO2 (quelles émissions durant la fabrication, le transport, l’utilisation et le recyclage des matériaux et des machines)

Ces critères nous permettront ensuite de mesurer la différence entre le coût humain et le coût machine de tel ou tel système de mise en œuvre.

Car la question de fond quand on parle d’intensité sociale est : est-il vraiment rentable, dans un bilan global, de privilégier le travail des machines et les éléments industrialisés? 

La puissance musculaire de l’homme

(j’inclus la femme dans l’ «homme »)

Comparer l’humain et la machine est une tâche difficile, surtout que derrière la machine il y a (encore) souvent un homme. Pour inventer, tester et monter la machine aussi il faut des hommes.

Mais on peut tout de même essayer pour avoir une idée sur l’impact de l’un et de l’autre.

Une des unités de mesure de la Puissance est le watt. Celle de l’Énergie est le watt-heure. Ce seront donc nos références.

L’homme, selon son gabarit, exerce une puissance comprise entre 0,1 et 0,5 kW (kilowatt). Pour faire simple, on va dire 0,33 kW.

Pour générer 1 kW.h (kilowatt-heure) il faut donc à un être humain 3 heures de travail sans pause.

Cela veut dire qu’en une semaine de 35 heures, il générera 12 kW.h de travail, soit 564 kW.h en une année, soit… un plein de gazole!!!

Et ouais, ça fait mal au c** ! 🙂

J’ai fait le calcul avec ma perceuse de 54 kW. L’effort qu’elle fournit en une heure représente 4,5 semaines de travail humain (!!!).

A ce stade, la seule valeur du travail humain est qu’il est sain et qu’il ne pollue pas.

Intensité sociale 1

Vincent_Rigassi: biosources_et_intensite_sociale

L’intensité sociale et la fiscalité

Où se trouve alors l’intérêt du travail humain s’il ne peut produire en une année que 1 % de l’énergie nécessaire à la production de ce qu’il consomme (env. 50000 kW.h/an) ?

Et bien figure toi que le hic, en plus d’être environnemental, comme je le soulignerai plus tard, est profondément social.

En effet, les impôts en France sont prélevés sur le travail humain et non sur celui des machines.

Toutes les prestations auxquelles nous avons droit en matière de santé, de vieillesse, de chômage, etc … sont puisées sur la fiche de salaire du travailleur humain et aucunement sur l’activité des machines. Donc moins de travail humain, moins de cotisations, donc moins de piscines publiques, d’aires de jeux ou de bibliothèques. Tu vois où je veux en venir ?

Alors bien sûr le travail humain coûte beaucoup plus cher que celui des machines, un mur en terre-paille va demander plus de travail que la même surface en parpaings de ciment industrialisés.

Seulement là où les pouvoirs publics ont une carte à jouer, c’est dans la prise en compte que sur 100 euros dépensés sur un ouvrier, ~50 euros retournent à la collectivité sous formes de charges diverses. Il faut donc bien considérer la question de : « Où va l’argent dépensé et à qui souhaite-t-on qu’il profite ? »

On peut d’ailleurs pousser le résonnement plus loin en avançant que les chantiers participatifs, malgré leurs liaisons sociales, n’offrent pas une intensité sociale délirante puisqu’ils ne salarient pas les acteurs de la construction… mais ça, c’est un autre débat.

 

MACHINISATION ET EXTERNALISATION DES COÛTS

Le prix des choses est devenu, et je le comprends très bien, l’indicateur décisif qui détermine les choix de chacun. Cela, à l’échelle individuelle ou macro économique.

Intensité sociale 2

Au fait, tu passeras un p’tit coup d’aspirateur en partant, stp!

 

Mais le prix ne fait pas tout car comme je l’ai expliqué dans le chapitre sur le double-coût il y a plusieurs facteurs que le prix reflète rarement. Par exemple, la pollution induite par le cycle de vie d’un objet n’est jamais répercutée dans son prix. Encore une fois, il y aura bien un idiot pour se charger de l’addition en bout de course et puis si le traitement final est trop lourd, on trouvera éventuellement un cargo pour benner tout ça au fond de l’océan ou sur les côtes africaines.

 

Un autre mode d’externalisation des coûts bien connu est la délocalisation d’usines de production dans des pays aux monnaies moins compétitives. Cela se voit beaucoup dans l’industrie mais aussi dans l’agriculture, provocant des risques sanitaires locaux qui menacent une deuxième fois l’assiette de cotisation supportée par les maigres emplois qui ne se sont pas vus remplacés par des travailleurs détachés.

Je m’arrête ici parce que ça me déprime. Pourtant, le tableau est j’espère assez clair pour comprendre qu’employer un artisan local qui utilise des matériaux à impact environnemental faible ou négatif qu’il aura trouvé et produit – au moins en partie – lui même, est une attitude à encourager massivement.

Je n’aime pas la casquette de moralisateur donc tu fais ce que tu peux avec tes moyens mais au moins tu es informé 😉

 

POURQUOI DÉFENDRE L’INTENSITÉ SOCIALE?

Eh bien, disons que nous n’avons pas beaucoup le choix.

En termes environnementaux, les dérives observées ces dernières années montrent que nous avons déjà franchi des paliers significatifs. Ajoutons à cela la croissance exponentielle de la population mondiale et le développement légitime des pays émergents, on se rend vite compte qu’une déontologie des pratiques industrielles et commerciales n’est pas exactement une option.

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Interview sur le sujet: MICHEL PHILIPPO ( LESA ): Bois, Terre, Paille [Interview]

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Au niveau fiscal, une solution serait – je pense – à mettre en œuvre pour ne plus laisser au travail humain la seule charge de la cotisation sociale. Cela voudra dire augmenter les prix des matériaux polluants en y appliquant un impôt pour éviter les coûts cachés sanitaires, environnementaux et sociaux. Taxer les produits importés, dynamiser les filières locales. Bref, rendre cher tout ce qui ne l’était pas assez :/

Surtout qu’une nouvelle menace pèse sur l’emploi et se fera rapidement sentir dans tous les foyers. Car si l’ère industrielle a bouleversé la productivité humaine et inventé le chômage, l’ère numérique mettra un nouveau coup de sabre en faisant sauter tout ou partie des intermédiaires commerciaux entre les produits et leurs consommateurs. = moins d’emplois = encore moins de cotisations (!)

Et là, on aura « l’ère malin » !!! 😀

Je ne sais pas comment tout cela finira, mais ce qui est sûr c’est que si nous sommes dépendants à 99 % des machines pour les biens et les services que nous consommons, le jour ou le prix de l’énergie augmentera brusquement ça va nous faire tout drôle et l’intensité sociale recommencera à aller de soi.

Pour finir, qui dit intensité sociale dit aussi pénibilité au travail (moins de machines), ce qui est l’ultime paradoxe de cet article.

Perso, la pénibilité ça va bien quelques années et je connais peu de gens qui se plaignent d’avoir remplacé leurs scies égoïnes par une circulaire sur les chantiers. Alors ici aussi, il faut faire preuve de discernement, de modération et de juste mesure. Ne négligeons pas la chance que nous avons (sans systématiser l’exploitation de l’infortune des autres) et ne tombons pas dans une radicalité esthétique où la frugalité s’apparente plutôt à un luxe.

Je ne sais pas si le sujet du jour t’aura parût trop « lourd », mais si tu souhaites que je continue à aborder des thèmes de ce genre, fais-le moi savoir dans les commentaires 🙂

* La source des chiffres avancés dans cet article, l’excellent livre de Alain Marcom, « Construire en terre-paille »

(Si tu souhaites te le procurer via ce lien, une petite commission me sera reversée sans que cela ne te coûte rien de plus 😉


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3 thoughts on “L’INTENSITÉ SOCIALE : En deux mots !”

  1. L’intelligence artificielle va bouleverser aussi l’emploi.
    L’autoconstruction est aussi un vecteur d’intensité sociale. Disons que si on apprenait à l’école à construire sa maison, chacun gagnerait plusieurs années de salaire à construire soi-même sa maison, plutôt qu’à faire appel à un prêt bancaire.
    L’entraide et l’échange de service permettraient d’accroître l’intensité sociale sans sortir un sous de sa poche pour la main d’oeuvre, et en particulier sans avoir à payer la TVA sur la main d’oeuvre. Mais pour échanger des services, l’humain doit d’abord sortir de la logique du travail salarié comme seule option de vie.
    Bon article merci.

  2. Personnellement, j’ai adoré ton article, en effet je n’avais pas conscience que le travail humain à contrario des machines permettait de financer les avantages sociaux.
    En effet avec l’ère numérique qui s’intensifie cela ne va rien arranger sur le terme de l’emploi :
    D’autre par le numérique peut se révèler très dangeureux sur le contrôle des citoyens, en meme temps il faut espérer que de nouveaux usages de partages et de pouvoirs citoyens se développent.

    Merci pour ton article et n’hésite pas à publier d’autres articles qui libère la conscience 🙂
    a+

    1. J’espère que mon article t’aura fait autant de bien que la lecture de ton commentaire m’en a fait 🙂
      Merci pour tes encouragements !!!
      Gautier 😀

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