Comment faire un badigeon à la chaux sur un enduit ancien 


Les badigeons à la chaux ou lait de chaux, sont des préparations très simples à préparer mais parfois compliquées à réussir.

Déjà parce qu’ils se déclinent en différentes catégories comme le chaulage, la patine ou l’eau forte.

Ensuite, l’état du support, les conditions climatiques, les outils ou la qualité des matières premières peuvent jouer contre nos bonnes intentions.

Au long de det article, tu identifieras les éléments clés qui te feront basculer vers une recette plutôt qu'une autre.

Tu comprendras les différences entre une application a secco (badigeon sur un enduit à la chaux ancien) et a fresco (badigeon sur un enduit à la chaux frais)


Pourquoi badigeonner un enduit à la chaux ?

Le badigeon à la chaux uniformise

Passer un badigeon permet d’uniformiser une surface qui aurait mal vieilli. Au fil des années et des passages successifs, des frottements et des chocs, nos murs s’altèrent.

Les saletés qui n’étaient au départ que des poussières finissent par s’incruster dans leurs pores et laisser des traces. Malheureusement, les revêtements naturels et poreux se laissent mal lessiver. Puis un beau jour, l’heure sonne de se retrousser les manches et de rafraîchir ce qui doit l’être. Heureusement, le faible coût des matières premières comme la chaux nous permet d'attaquer ces chantiers le sourire au portefeuille. 😉


Le badigeon à la chaux apporte de la couleur

Agrémenter de pigments ou d’oxydes naturels, les badigeons permettent d’égayer les pièces de vie. C’est l’occasion de changer d’ambiance ou de prendre de petits risques avec des touches de couleur. Rester sobre et pastel avec les ocres et les terres ou jouer avec la puissance  des oxydes, ça c’est une question de choix personnel. Pour en savoir plus sur les différences entre les ocres et les oxydes, je te  suggère cette lecture.

Le badigeon à la chaux protège et pérennise les enduits

Que ce soit en intérieur ou en extérieur, les passages de badigeon aident l’enduit à traverser le temps.

En effet, cette fine mais solide pellicule de chaux comblera toutes les aspérités de l’enduit et aidera à la fixation des petits grains de sable de surface.

Sur les enduits à la chaux, le badigeon permet aussi, selon sa texture, de venir boucher les micro fissures qui se développent au fil des mouvements de saison.

Sur les enduits à l’argile, il permet de renforcer considérablement la couche de finition.


Le badigeon, c’est bon !

Oui, je viens de piquer le slogan de la marque “Picon”, mais j’ai rarement lu plus simple et efficace.

Et puis avec toutes ses qualités, il mérite bien ça. 

Si tu es un ecodidact avertit, tu connais déjà les incroyables propriétés de la chaux mais une rapide piqûre de rappel ne fait pas de mal.

La chaux est un assainissant qui aseptise les surfaces traitées et limite l’ apparition de champignons. Elle œuvre aussi pour le bien être du bâtiment en permettant les échanges gazeux (perspirance) entre les murs et l’intérieur de la maison.


Comment préparer un badigeon à la chaux

1000 recettes de badigeon

Il existe un tas de recettes de badigeon (ou lait de chaux), de patines ou d’eau fortes.

Toutes seront justes pour certaines applications et déconseillées pour d’autres.

Ici, je mise sur la simplicité et la prise de risque minimum.

  • 1L de chaux aérienne en pâte  (ou 2L de chaux aérienne en poudre)
  • 1L de lait écrémé (0%)
  • 2L d’eau
  • 50g de sel d’alun (dilué dans de l’eau tiède)
  • max 250g d’ocre / terre colorée
  • ou max 150g d’oxydes


Plus ou moins liquide

La proportion en eau ci-dessus est indicative. Dans l’absolu, la quantité d’eau sera ajustée en fonction de la porosité du support et des effets recherchés

Car sur une surface très poreuse, on va chercher les effets de profondeur du badigeon à la chaux en lui permettant de s’imprimer totalement dans le support. On le préparera assez liquide.

Sur une surface moins poreuse, il ne sera pas possible au badigeon de s'imprégner dans son support. Un badigeon trop liquide perd alors de son sens car il ne ferait que couler à la surface sans vraiment se fixer. 

Sur ce genre de surface, on privilégiera les badigeons moins dilués et plus couvrants.


Faire des essais et surtout… 

Une erreur commune est de ne pas prendre le temps de faire quelques essais en situation réelle, c-à-d sur le type de support auquel on a à faire.

C’est important car cela permet d’avoir une idée plus précise de la teinte finale du badigeon.

En effet, en séchant le ton de la chaux se révèlera et couvrira généralement  30% à 50% de la couleur du badigeon liquide.


Etre précis dans les proportions

Il faudra également être précis dans les proportions testées, autrement le test n’a aucun sens. Ses proportions devront refléter exactement les proportions de matières premières qui seront employées lors de la préparation finale.

 

Tout bien noter

Une négligence classique en situation de chantier, c’est de ne pas prendre le temps de noter exactement tous les essais que l’on fait. Oui, je sais, c’est contraignant de sortir systématiquement son carnet et son stylo. Cependant, c’est encore plus frustrant de se rendre compte après deux jours que l’on a oublié tout ce qui semblait si évident à retenir lors des essais initiaux.


Pourquoi utiliser un fixateur pour le badigeon ?

Quels sont les types de fixateurs

Dans la recette ci-dessus, on retrouve deux sortes de fixateurs : La caséine, présente dans le lait et le sel d’alun.

Bien qu'ils ne soient pas systématiquement nécessaires, ces adjuvants vont permettre d’éviter différents phénomènes désagréables.

Pourquoi adjuvanter son badigeon à la chaux avec des fixateurs ?

L’action collante de la caséine.

Mélangée à la chaux ou à un autre type de base, la caséine contenue dans le lait change d’état et devient plus collante. Cette viscosité va offrir au badigeon un léger changement de consistance mais surtout, en séchant, la caséine va éviter que des particules de chaux se désolidarisent du mur. Cela arrive parfois lors de séchages trop brusques. C’est ce que l’on appelle le poudrage de la chaux.


Migration des pigments

Le sel d’alun joue également ce rôle fixateur des particules de chaux, mais il aidera également à éviter la migration des pigments contenus dans le badigeon.

Ce phénomène de migration s’opère quand une variation de séchage est observée entre différentes zones du mur (dûe à des ombrages, une différence de prise à l’air ou une différence d’épaisseur d'enduit, par exemple). 

A ce moment-là, l’humidité latente dans cette partie humide du mur est aspirée par capillarité vers les zones sèches. Ce déplacement d'eau intra-muros (c’est le cas de le dire 😁) emporte avec lui des pigments et des particules de chaux qui cristalliseront à la surface sous forme d’auréoles ou de spectres.

Le sel d’alun aide à limiter ce phénomène.


Quand se passer des fixateurs

D’une manière générale, il est prudent de ne pas s’en passer car la chaux étant assez versatile, les risques de poudrage sont nombreux. 

D'autant que l'objet de cet article faisant référence au badigeon sur un enduit ancien, il est plutôt suggéré d’en faire l’emploi.

Cependant, si l’on considère que les conditions d’application sont optimales, on peut se permettre d’en faire l’économie.


Quelles sont les conditions optimales

“Optimal” se réfère principalement au temps de prise. Attention, je ne parle pas du temps de séchage. S tu n'es pas confortable avec cette notion, tu peux regarder cette vidéo (et t’abonner à ma chaîne youtube 😉).


En effet, une carbonatation lente et contrôlée réduira infiniment les risques de farinage du badigeon.


Les conditions non-optimales sont :

- Un support poreux trop sec qui risque de “brûler” la chaux

- Une surexposition aux rayons du soleil (en plein été)

- Une surexposition à des vents secs


En cas d'impossibilité d’arranger ces conditions défavorables, tu pourras :

- Mouiller génreusement les supports trop poreux (la veille et le jour même)

- Vaporiser régulièrement de l’eau sur le mur pour éviter la dessiccation de la chaux

- Garder fenêtres et portes de la pièce fermées pour charger l’air intérieur en humidité.

- Utiliser un rétenteur d’eau comme la méthylcellulose

Article complémentaire pour plonger dans le sujet : 

Badigeon à la chaux qui farine: les bons réflexes

Le chaulage d’une vieille grange

Il arrive dans certains cas de figure que le farinage de la chaux ne soit pas un vrai problème. Je pense notamment au blanchiment des murs de vieilles longères que l’on souhaite simplement rafraîchir sans se soucier d'un aspect de finition idéal.

Dans ces cas, un chaulage (badigeon de chaux légèrement épais) est suffisant. Rapide et efficace.

Et enfin, si malgré tes précautions, ton badigeon farine, ta dernière chance avant de devoir tout recommencer se cache certainement dans cet article.


Comment passer un badigeon à la chaux

👇👇 Fais défiler le slide ci-dessous pour voir les étapes de préparation 👇👇


A secco ou a fresco ?

Comme je l’ai mentionné plus haut, l’idéal est de passer son lait de chaux sur un enduit à fresco. Cela permettra à la chaux contenue dans le badigeon de carbonater de concert avec l’enduit et de ne faire qu’un avec le support.

Pour cela, il faut appliquer le badigeon de chaux entre 6h et 24h après avoir terminé la couche de finition de l’enduit.

Autrement dit, assez pour que l’enduit de finition ai eu le temps de durcir en surface. C’est ce que l’on appelle une application a fresco

L’enduit de chaux semblera sec au toucher et le sera. Cependant, qui dit séchage ne dit pas carbonatation et c’est là toute la subtilité. 

La fin de la carbonatation correspond à l’état de dureté maximale. Celui-ci n’est atteint arbitrairement que 28 jours après la pose.

Pour des enduits fins cela peut prendre 1 semaine et pour des enduits épais cela peut prendre des mois ou des années selon le type de chaux et l’exposition à l’air. 


Pour finir

J’espère que ces informations t’ont éclairé sur comment appliquer un badigeon sur un vieil enduit à la chaux.

Mais il se peut que tu n’aies pas trouvé la réponse à la question que tu te posais 🤗

Dans ce cas, deux solutions.

La première c’est de te procurer un des livres de référence sur la chaux,

La deuxième est de me laisser un message ci-dessous avec ta question précise. Je me ferai un plaisir d’essayer d’y répondre.

Que ta vie soit belle !

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  • bonsoir. Quelles sont vos sources concernant la migration des pigments ? merci pour vos précisions

    • EcoDidacte dit :

      Bonjour Gabi,

      Je n’ai pas de source particulière sur ce point précis 🤔.

      Il s’agit plus de connaissances accumulées au gré de rencontres et de questionnements (collègues, livres, forums, formations…).

      Je n’ai d’ailleurs pas une approche rigoriste ou universitaire de ce que j’expose sur FLM. Je tente juste de vulgariser ce que j’estime avoir compris 🙂

      Pour autant, c’est avec plaisir que j’échange sur le sujet donc n’hésite pas à développer ta question.

      Belle journée,

      Gautier

      • bonjour. Je souhaitais un retour d’expérience avec description précise du phénomène. Cette information peut donc être fausse.

        • EcoDidacte dit :

          Bonjour Gabi,
          Oui tu as raison, cette information peut être fausse. Et Emmanuel Macron peut être un illuminati.
          Le doute est une pratique saine sur internet, je le dis comme je le pense.

          Il est vrai que sur un chantier je ne cherche pas forcément la contre-performance pour alimenter mon blog. Du coup, je suis les conseils que je donne et n’ai pas d’exemple en image de ce que je décris sur la migration des pigments. Mais ça vaudra le coup de faire des tests.

          D’ici là, je serais heureux de pouvoir profiter de tes recherches sur le sujet, n’hésite pas à me tenir informé.

          Belle journée 😉

  • Bonjour Gautier,
    Je viens te faire un retour d’un chantier badigeon dans un habitat troglodyte.
    J’avais sollicité tes conseils et tu m’avais gentiment répondu. Pour mémoire je suis artisan, plâtrier traditionnel et j’ai complété mes compétences après m’être formé, par les enduits à la chaux, du badigeon aux stucs et tadelakt.
    Donc j’ai fait un badigeon en plafond à 3 mètres de haut, le client avait déjà fait les parois. L’ensemble était brut.
    _ L’idée était de blanchir la pièce pour gagner en luminosité
    _ De fixer la surface du tuffeau qui farinait beaucoup (poussière en permanence sur les meubles ect…) et comportait de grosses fissures avec des morceaux de tuffeau désolidarisés
    _ support pierre de tuffe extrêmement irrégulier (creux bosses, marques d’outils de taille, fissures ect…) farineux, fissuré

    1) Les recettes, je suis allé au plus simple, j’ai procédé en 2 couches :

    – la première 1 volume de chaux aérienne CL90 poudre pour 2 volumes d’eau + 5% du poids de la chaux en caséïne

    – la deuxième 1volume de chaux aérienne CL90 poudre pour 1 volume d’eau + 5% de poids de la chaux en caséïne

    – j’ai préparé mon badigeon une semaine avant pour l’ensemble de la surface et les deux couches

    – application à la brosse poils en soie 12cm*7cm (pinceaux ronds pour les fissures)
    !!! attention a bien protéger vos bras : idéalement haut imperméable + gants étanches (pas des jetables) longs type carreleurs, scotchés les sur les manches de l’imperméable – je connaissais le risque de brûlure, je n’ai pas fait attention et une fin de journée j’ai commencé à sentir un brûlure sur l’avant bras, mon gant était percé et décollé, une bonne grosse brûlure bien profonde, 3 semaines de cicatrisation, ça a du macérer plusieurs heures, je ne m’en suis pas rendu compte

    – pour faire environ 70 m² j’ai préparé :
    ° première couche 1,5 seau de chaux (seau de 10l type maçon) + 3 seaux d’eau + 375 gr de caséïne

    ° deuxième couche 3 seaux de chaux + 3 seaux d’eau + 750 gr de caséïne

    ° je n’ai pas quantifié mais il m’en est resté environ 5 litres pour chaque couche, j’avais vu large étant donné la porosité du support

    2) Les étapes :

    – préparation du support =
    ° aspiration de l’intégralité du support et purges des pierres dans les grosses fissures (dues aux racines qui se sont infiltrées par le sol du coteau jusqu’au plafond)

    ° humidification (j’ai mouillé le support à grande eau, avec tuyau d’arrosage/pistolet position jet plat et large)
    * 2 fois par jour sur les deux jours où j’ai purgé et aspiré
    * la veille au soir
    * juste avant de commencer
    * entre les deux couches
    * pendant l’application, la zone que je traitais, au fur et à mesure mais au pulvérisateur

    ° bouchage grossier en tunnel des grosses fissures (plus pour cacher la profondeur de la fissure)
    * mélange chaux aérienne/plâtre/sable (qu’importe j’ai mis du 0.4 c’est ce que j’avais) à 1vol/1vol/vol

    ° première couche en une fois, j’ai du m’arrêter à un moment, j’ai fait la jonction dans une fissure mais de toutes les façons, vu le support…

    ° 48h d’attente mouillage la veille

    ° deuxième couche

    Résultat 1 mois après :

    – blancheur au rendez-vous
    – pas de farinage du badigeon
    – pas de problème d’adhérence

    Voilà pour mon petit chantier .

    Merci encore pour ton site et tes conseils Gautier,
    Bonne continuation
    Philippe

    PS : je peux t’envoyer des photos si tu le souhaites

    • EcoDidacte dit :

      Wow.. Philippe ! 😮😮

      J’avais repensé à toi en me disant que tu étais surement un peu ours de ne pas être revenu vers moi après notre échange 😅

      Par contre, je ne m’attendais pas à un retour aussi détaillé, je t’en remercie infiniement 🙏

      Pour tout dire je viens de lire ta réponse en travers car un peu occupé juste maintenant, par contre, avec ta permission, je serais heureux de transformer ton retour d’expérience en article sur le site.

      Ce dernier te nommerait et conseillerait expressément aux lecteurs d’aller voir ton travail et ton site, of course.

      Qu’en dis-tu ?

      Tu peux me répondre à gautier@faisons-le-mur.com si tu le souhaites.
      Ou je serais ravi d’échanger par téléphone au zéro six 98 66 62 soixante-dix.

      Bref.. on se remet en contact bientôt 😊

  • Bonjour,
    Félicitation pour votre démarche écolo.
    Peut on chauler directement, sans enduit prealable, un mur de cave parisienne, immeuble de 1900, pierre et brique, juste pour assainir et blanchir? Comment palier à la diversite d’absobtion des materiaux?
    Merci pour ces expliquations.

    • EcoDidacte dit :

      Bonjour Hélène,
      Merci 🙏🙂
      Aucun problème pour chauler votre cave.
      Pas vraiment de moyen de réduire l’absorbsion des briques. A part bien humidifier à refus la veille.
      Ca devrait bien se passer 😉
      Belle journée,
      Gautier

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