Les 4 Phases d’un Enduit Réussi

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Bonjour à toi!

Un enduit réussi est esthétiquement beau, physiquement solide et correctement lié à son support. Dans un monde idéal, quand il est fait à base d’argile ou de chaux naturelle, il est le pare vapeur par excellence grâce à ses qualités perspirantes et régulatrices d’humidité.

Si ces dernières propriétés sont propres aux matériaux en eux-même, les trois premières dépendent entièrement de la qualité de la mise en œuvre de l’enduit, donc, de la lecture assidue de ce billet 😉

Voilà donc ces quatre étapes indispensables à la réalisation de tout enduit à l’argile, à la chaux, ou à la combinaison des deux (combinaison, pas mélange).

Mais, avant d’aller plus loin,je précise que les pratiques décrites ci-dessous s’appliquent à l’enduisage de murs bruts et non, par exemple, à celui de doublages en plaques de plâtre ou de fermacell.

Un enduit est généralement composé de 3 couches -différentes dans leur composition- qui se superposent. Ces trois couches font partie de quatre étapes que j’ai préféré te présenter ici dans l’ordre inverse de leur application.

Nous commencerons donc par la dernière étape, avec la bien nommée : couche de finition.

LA COUCHE DE FINITION

La couche de finition s’effectue avec le sable le plus fin qui soit, souvent 0-1mm et elle ne doit donc pas dépasser une épaisseur de 2 à 3mm

Pour gagner en finesse, on peut utiliser de la poudre de marbre qui est une charge ultra fine et se trouve en différents coloris.

Du pigment peut être ajouté dans la masse de la couche de finition en veillant à ne pas dépasser le seuil de 8 % du volume de liant. Au-delà de celui-ci, aucune amélioration de teinte ne sera plus observée. De plus, le pigment remplirait une fonction de charge au lieu de simple colorant.

On applique la couche de finition à la lisseuse ce qui permet de contrôler au mieux la précision et la qualité de son travail. Une fois l’enduit appliqué, selon le choix de la texture finale, un talochage, un ferrage ou un coup d’éponge signeront la fin de l’œuvre.

Cette dernière couche d’enduit ne s’applique qu’une fois que la couche précédente , dite « de corps », a tiré à cœur. C’est à dire au moins trois à quatre semaines après l’application de la couche de corps.

Une des raisons de cette attente insupportable est le risque de fissuration des deux couches l’une sur l’autre.

Fissures sur en enduit à l’argile

Comme tu le sais peut-être, en séchant, les corps se rétractent suite à l’évaporation de l’eau qui les constituent et de cette tension naissent de jolies fissures à la surface de nos beaux enduits. La couche de corps, étant plus épaisse, ses fissurations seront potentiellement plus importantes que celles de la couche de finition.

Donc attendre la prise complète de la couche de corps évite que celle ci n’entraîne la couche de finition à se déchirer avec elle. Mieux ! Cela permet de pouvoir reboucher les éventuelles fissures après coup!

Selon l’état initial du support, cette attente permet aussi d’évacuer un maximum d’humidité retenue dans le mur suite à un dégât des eaux, à des rejaillissements systématiques d’eau de pluie ou autre pathologie entraînant une humidité malvenue (généralement en pied de mur). L’enduit aura tiré lorsque passé le délai de 4 semaines, il ne présentera plus aucune auréole d’humidité et qu’il aura blanchi uniformément.

Car comme le disait Einstein : « L’humidité n’est pas tant connaître ses limites que les admettre », à moins que ce n’était « l’humilité » ? ou bien James Dean ??..

LA COUCHE DE CORPS ou RENFORMIS

La couche de corps est le « corps » de notre enduit, elle représente le gros de sa masse.

Elle respecte généralement un dosage à « 1 pour 3 » et une granulométrie hétérogène de sa charge est primordiale pour éviter les fissurations inutiles et améliorer la résistance de l’enduit.

L’épaisseur de la couche de corps n’est pas un prérequis, au contraire, il est des générosités qui se pratiquent avec économie.

Cependant, l’état du support ne nous laisse parfois pas beaucoup le choix que de « charger » le mur à enduire pour corriger sa planéité ou boucher ses creux. Imagine, par exemple, devoir enduire un mur en galets roulés ; l’épaisseur des joints de ce genre de mur oblige à des zones de charge importantes. Dans des cas similaires il n’est pas exclu de précéder le renformis par une passe de rebouchage.

Par contre, si on a la chance de travailler sur une surface plane, l’épaisseur minimal de la couche de corps sera entre 1,3 et 1,5x l’épaisseur de son grain le plus gros. Par exemple, avec un sable 0-4mm, on appliquera une couche d’au moins 5,2mm ( 4mm x 1,3).

Pour généraliser on dit que l’enduit de corps devrait faire entre 0,5 et 2cm, il est donc recommandé de le fibrer pour, là aussi, éviter les fissurations trop importantes.

1ère passe de “dégrossi”…. et enduit de corps  terminé

Au-delà de 2cm, il est souhaitable de procéder en deux couches que l’on laissera sécher indépendamment l’une de l’autre.

L’enduit de corps se projette à la truelle avec un geste si technique qu’il paraît être une prouesse de cirque aux non-initiés qui s’y adonne en dilettante. Malgré une éducation raffinée, on se surprend vite à tempêter des noms d’oiseaux rares une fois les petits sourires gênés avalés. En ce qui me concerne, j’ai toujours aimé le cirque, et je crois bien que c’est ce qui m’a rapidement fait adorer les revers de truelle 🙂

Une fois en place, après un lissage sommaire et une légère prise, l’enduit est taloché grossièrement jusqu’à atteindre les résultats escomptés : fini les creux, fini les bosses ou alors par des ondulations homogènes.

La couche de corps ne nécessite pas le soin apporté à la couche de finition. Cependant, bien que son rendu puisse rester brut, je conseille vivement de rattraper la planéité de l’enduit au maximum durant cette étape car l’enduit de finition ne permettra plus beaucoup de variation d’épaisseur. Crois-moi, un travail bien préparé en amont fera gagner beaucoup de temps et de satisfaction lors de l’application de la finition.

Couche de finition … et corps d’enduit

LE GOBETTI

Le gobetti est un mélange à « 1 pour 2 » de liant et de sable, le tout généreusement mouillé à l’eau.

Il a une consistance se rapprochant de celle de la pâte à crêpe car la quantité de liant y est importante. Cela le rend très liquide par rapport à de l’enduit et demande aussi un sacré coup de truelle pour réussir sa projection contre le mur.

Il se projette en fines couchent qui « splashent » sur le support et éclaboussent un peu partout. Pour l’analogie mnémotechnique, imagine-toi le résultat d’un éternuement sur le miroir de la salle de bain durant d’un brossage de dents. La réalité n’est pas très éloignée de cette vision. Néanmoins, plus le geste est affiné, plus on réduit les dégâts collatéraux.

Un gobetti se projette sur un mur nettoet mouillé. Il a la fonction de faire le lien chimique entre le support d’origine et l’enduit à venir. Le sable qui le compose ajoute à l’action d’accroche mécanique et, ici, une granulométrie unique est plus un avantage qu’un inconvénient.

LA PRÉPARATION DU SUPPORT

Que l’on enduise à l’argile ou à la chaux, la préparation du support est essentielle à la tenue de notre enduit dans le temps (et donc sur notre mur). C’est certainement l’étape la plus importante du processus.

Un support négligé empêchera à la masse d’enduit, avec tout le poids qu’elle représente, d’être correctement liée au mur. Ceci induira un décollement progressif de cette masse sous l’effet principal de deux forces :

* La force de dilatation: au fil des saisons chaudes et froides, humides et sèches ; notre enduit travaillera toujours d’une manière légèrement différente de son support. Si ces deux éléments venaient à se séparer, une feuille d’air se développerait entre eux et s’agrandirait irrémédiablement, emmenant notre enduit à être partiellement ou entièrement « auto-porté » .

* La force de gravité: pas celle qui nous fait raconter des histoires avec un ton sérieux mais celle qui nous attire immanquablement au plumard à la fin de chaque journée qui passe. Et bien cette force de gravité terminera le travail de cisaillement commencé par les dilatations et enverra notre bel enduit frapper le sol et retourner à l’état de polymorphe multiface de ses jeunes années de caillou sauvage et branché, la mèche au vent.

Pour éviter ce malheur, il faut comprendre deux autres principes physiques qui rendent l’accroche possible : L’accroche chimique et l’accroche mécanique.

L’accroche chimique, comme son nom l’indique, se fait entre deux matériaux qui ont un atome crochu. Ce qui les rend inséparables.

Pour rendre cette notion plus compréhensible, je prendrai l’exemple du chewing-gum. Le chewing-gum , comme tu sais, a un atome crochu avec les cheveux, les semelles de chaussures, et j’en passe …. Mais le meilleur moyen de le retirer d’une surface ou l’on ne l’avait pas invité, c’est de le tamponner avec un autre chewing-gum. La raison de cela est que le chewing-gum s’aime orgueilleusement et se colle à lui même plus qu’à tout autre chose. Cette constatation est vraie pour nombre de matériaux collants, ils sont chimiquement fait pour s’apprécier eux-mêmes – ou un élément proche de leur composition – plus qu’ils n’apprécient les autres.

Le rapport avec notre sujet est que sur de la pierre qui est d’origine minérale est plus à même de fournir une accroche favorable à la chaux (elle aussi d’origine minérale) qu’au bois qui lui est d’origine végétale. Et c’est là, le genre d’association qu’il faut réussir à créer.

Note que mouiller son support participe également à l’accroche chimique, car cela favorise l’imprégnation des matériaux entre eux en allongeant leur temps de prise.

L’accroche mécanique, elle, n’a rien à voir avec le moteur à explosion, il s’agit là de « mécanique » dans le sens de matière soumise à un mouvement.

Cette accroche concrète et tangible obéi aux principes de frottements et de résistances . Elle nous dit qu’il est plus facile à un alpiniste d’escalader une paroi rugueuse qu’une paroi lisse.

Un enduit accrochera donc mieux sur un gobetti fait de liant et de sable concassé que sur un gobetti fait de liant et de sable roulé que sur un gobetti fait de liant uniquement (d’ailleurs ce ne serait plus un gobetti, mais tu as compris l’idée)

En guise de conclusion , à ces deux accroches j’ajouterais encore l’accroche logique : « Nettoie ton support nom d’une pipe!!! »

Cherches-tu à accrocher le mur ou la poussière sur le mur ?

Si tu es arrivé jusqu’ici MERCI d’avoir pris le temps de lire cet article ! S’il t’inspire, n’hésite pas à utiliser les commentaires prévus à cet effet ou à m’envoyer des photos de tes réalisations. Je serai ravi de savoir que je t’ai été utile.

Au plaisir !


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