Ciment | Les 5 mensonges préférés des cimentiers

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L’utilisation du ciment est plus que répandue et on pourrait s’étonner d’entendre qu’il est dangereux pour la santé. C’est pourtant vrai !

Les risques pour la santé attribués au ciment sont avérés depuis longtemps et si les usages en cimenterie se sont améliorés, son caractère cancérogène demeure.

Ce matériau agressif et irritant est un danger pour la santé de l’homme mais aussi pour son environnement et sa culture.

La pollution de l’air et de la faune est une conséquence de l’incinération de déchets peu recommandables dans un système industriel qui se mord la queue.

La principale toxicité du ciment et de sa fabrication est liée à la production de métaux lourds qu’elle induit.

Par là, l’utilité profonde du ciment peut être remise en cause à de nombreux égards.

Je te laisse en juger.

 

 

Qu’est-ce que le ciment ?

 

Le ciment, comme la chaux hydraulique, est un matériau principalement constitué d’argile et de calcaire. La première différence avec la chaux est dans la concentration d’argile contenue dans les roches calcaires utilisées. Ce pourcentage est d’au moins 20 % pour le ciment.

De la combustion à très haute température (+1400°C) de ce mélange résulte le clinker.

Une fois le clinker obtenu, il est adjuvanté (résines époxydiques, gypse …) pour produire le ciment que l’on connaît.

La chaux (ou ciment naturel) est connue depuis l’époque romaine, si ce n’est plus. Elle a servi principalement à faire tenir les pierres assemblées les unes sur les autres.

Aujourd’hui, avec le ciment, on trouve plus pratique de remplacer intégralement les pierres par le liant.

C’est le cas avec le béton coulé bien sûr mais même dans le montage de parpaings (terme usurpé au vrai « parpaing ») puisque celui-ci est déjà composé de ciment.

Voilà résumé tous les fondements de la construction moderne !

 

Ciment danger

Photo : http://www.prc.cnrs.fr

 

Le chrome

Le problème de la cuisson (clinkerisation) de l’argile et du calcaire est qu’elle transforme en partie les particules qui les composent.

Les sols étant naturellement composés de minéraux, ces derniers comme le chrome, le cobalt ou le nickel se retrouvent dans les fours à ciments.

Durant ce processus, le chrome change de forme par oxydation et passe de chrome III (composés trivalents) en chrome VI (composés hexavalents).

Le chrome VI est une substance allergène majeure et irréversible entrant systématiquement dans la composition du ciment.

Ce dernier, pénétrant plus facilement la peau, présente significativement plus de risques pour la santé que le chrome III.

Accessoirement, du chrome peut aussi provenir de l’abrasion des engins en acier ou des combustibles utilisés en cimenteries.

Les adjuvants

En plus des métaux lourds dégagés lors de son incinération et ajoutés lors de sa stabilisation, l’utilisation machinale du ciment a aussi engendré de nouvelles habitudes polluantes.

En effet, pour pouvoir employer le ciment à toutes les sauces, l’ajout d’adjuvants lors de la préparation des mortiers est devenu quasi rituel.

Les plus communs sont :

  • Les plastifiants et les super-plastifiants qui modulent l’ouvrabilité des bétons.
  • Les accélérateurs et les retardateurs de prise.
  • Les entraîneurs d’air, générateurs de gaz ou hydrofuges de masse qui modifient encore les propriétés du mélange.

Dans la théorie, ces adjuvants ne doivent pas dépasser 5 % de la masse totale. Par contre, dans la pratique, les ouvriers ont généralement la main franchement lourde pour éviter tout risque quant au résultat final.

 

 

1. Le ciment ne serait pas cancérigène

 

Métiers du bâtiment et cancer

Ciment danger

Clinker

Selon une étude récente de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses), les métiers du bâtiment sont (depuis longtemps) parmi les métiers les plus touchés par les cancers professionnels.

Pire, ce n’est pas la seule pathologie puisque l’on retrouve après les cancers (32%), les maladies de l’appareil respiratoire (25%), les maladies du système ostéo-articulaire (14,8%), les troubles mentaux, le surmenage et stress (12%) et les maladies de la peau (7,1%).

Bien sûr, on ne peut pas imputer la responsabilité de ces chiffres alarmants au seul ciment.

Il y a aussi le secteur de la sidérurgie et nous vivons le contrecoup de l’utilisation de l’amiante.

Cependant, il ne faut pas se voiler la face trop longtemps car les maladies respiratoires et les maladies de peau font partie des effets indésirables directs du ciment. Les unes sous sa forme volatile, les autres sous sa forme gâchée.

 

Les agents cancérogènes avérés

Les métaux lourds et les métalloïdes comme le cadmium, le chrome VI, le nickel et l’arsenic sont classés par le CIRC comme cancérogènes avérés.

Ces métaux lourds sont présents dans le ciment mais aussi dans les particules fines rejetées par les incinérateurs de cimenteries.

Ils sont donc dangereux pour les utilisateurs de ciment comme pour les riverains des cimenteries.

 

 

 

2. Le ciment ne polluerait pas beaucoup

Pollution de l’air

Ciment risques

Source: www.infociments.fr

Le fait même de devoir monter la température des fours de cimenteries à 1450°C justifie que le ciment a un bilan carbone catastrophique.

Ces émissions de CO2 considérables sont loin d’être équilibrées par la carbonation (la prise) du matériau durant son séchage.

A côté de cela, le smog de métaux lourds généré par les incinérateurs est très nocif aux humains et aux animaux.

Pour info, 1 tonne de ciment représente 900 kg de CO2 soit environ 12 000 km parcourus avec une Twingo.

En 2016, 16 milliers de tonnes de ciment a été produit et consommé en France.

Je te laisse faire le calcul mais au mois cela représente environ 1300 x 12000 km = 1,55 milliard de km avec notre petite Twingo.

Par mois et chaque année !!!

La distance jusqu’à la lune étant de 384 400 km, cela nous fait 20 aller-retours de la terre à la lune en Twingo tous les mois (sic) !…

Cela juste avec la consommation de la France et on ne parle que de pollution de l’air.

Ça fait relativiser, hein ?!

Pollution de l’eau

Le problème de l’utilisation massive du ciment est qu’elle conduit également à un gaspillage massif.

On ne peut se permettre d’en manquer sans compromettre sérieusement un chantier.

Sur chaque chantier, ce sont donc des litres et des hectolitres de surplus de béton que l’on ne sait pas recycler.

Sur les petits chantiers comme sur les plateformes de nettoyage des toupies à ciment, l’eau salie est évacuée le plus directement possible sur les terrains de la construction ou dans les canalisations.

Ce refus polluant et chargé d’adjuvants est donc déversé tout simplement dans la nature où il se dissoudra avant de rejoindre les nappes phréatiques, la mer ou les nuages de pluies acides.

Le pire c’est que cet impact n’est pas quantifiable !

 

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Pollution de la planète

En termes de récupération lors de déconstructions, le béton de ciment trouve difficilement le chemin du recyclage.

Ciment danger

Photo: Scoop.it

Seulement 10 % des 260 millions de tonnes de déchets du BTP (dont une bonne part de béton) pourrait être recyclé et utilisé pour refaire du

béton.

Ce n’est pas beaucoup et en plus c’est prioritairement les sables et graviers qui ont de l’intérêt pour l’industrie. Pas les ciments inertes !

A côté de cela, il y a une partie des déchets de déconstruction qui servent aux travaux routiers.

Concassés, ils s’emploient en sous-couche du bitume.

 

Mais n’est-ce pas là une manière toute moderne de mettre la poussière sous le tapis ??? 🙂

 

 

3. Le ciment permettrait de recycler les déchets

L’incinération des déchets par les cimenteries

Pour pallier à l’incinération d’éléments fossiles (fioul, charbon, gaz, coke de pétrole), l’industrie du ciment s’est rabattue sur la co-combustion de déchets industriels (graisses animales, farines animales, résidus solides combustibles, huiles usagées, boues d’épuration, pneus, médicaments périmés (!), etc..).

Ciment risques

Source: www.infociments.fr

Quand on connaît la raison pour laquelle il est interdit de brûler ses déchets domestiques à l’air libre, on imagine bien les dégâts pour la santé et p

our l’environnement induits par ces pratiques.

La plupart des produits incinérés sont riches en métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome…). Ces derniers ne sont jamais détruits complètement

par l’incinération et finissent associés au produit final ou en particules fines dans l’atmosphère.

Il est dit que l’utilisation de ces déchets par les cimenteries serait plus profitable que le passage par un incinérateur d’ordure ménagère.

Admettons.

Néanmoins, cette solution ne résout pas le problème de fond. La gestion des déchets industriels chimiques (clairement dangereux) ne devrait pas être laissée entre les mains de groupes privés ayant leurs intérêts propres.

 

 

 

 

source : ADEME

 

4. Le ciment serait très solide

 

Oui, pour être dur le ciment est très dur. Mais est-il durable ?

Il est indéniablement rigide et permet de faire des édifices démesurément grands et impressionnants. Des buildings, des ponts, des barrages… En ce sens, il ne tolère aucune concurrence et il a son utilité.

Cependant, ce qui fait sa force fait aussi sa faiblesse, car s’il résiste bien à l’humidité et aux pressions extérieures, sa rigidité le rend cassant et peu adaptable une fois sa prise faite.

Ainsi, il n’est pas rare, après quelques années, de le voir se fissurer sous les mouvements naturels du sol. Il se brise là où la chaux, le bois ou la terre crue n’auraient fait que de se contraindre un peu.

 

« L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts. »

                                                                        La Fontaine

 

Ce petit défaut pourra s’avérer être un problème de taille une fois que les méga-édifices auront franchi le cap de leur résistance dans le temps.

Pour le coup le ciment n’est pas en cause, mais seulement l’homme qui l’a mis en œuvre.

L’homme avec ses rêves démesurés et son horizon limité.

Comment va-t-on dans quelques années empêcher des catastrophes comme celle du barrage de Oroville aux Etats-Unis ou du barrage de Bimont en France ? Comment va-ton organiser la démolition d’un building de 400 m de haut ? J’ai bien peur que personne ne trouvera les moyens de réaliser ces interventions ni de les financer et qu’elles fassent de sérieux dégâts…

…Bientôt.

5. Le ciment serait irremplaçable

 

A force de trouver le ciment formidable et simple d’utilisation, on a fini par en couler partout et pour tout.

Le résultat nous saute au visage ces dernières années et beaucoup d’artisans s’en mordent les doigts.

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Danger pour le patrimoine

 

Crédit Martin Pointet

Malheureusement, on se rend compte aujourd’hui que là où on a mis des enduits ciment ou des dalles ciment, des pathologies commencent à se faire remarquer.

Dans le bâti ancien (qui doit son nom au fait de tenir debout longtemps), on a arrêté l’emploi du ciment.

La raison : le ciment fait du mal aux constructions ancestrales !

Sa mauvaise gestion de conditions extérieures fait de ce matériau inerte un danger pour les matériaux interagissant avec leur environnement (taux d’humidité, variations de température).

Utile dans des conditions extrêmes, il est malheureusement surexploité dans les conditions courantes.

Ainsi les dalles en ciment renvoient l’humidité des sols vers les soubassements des murs et ces derniers n’arrivent pas à l’évacuer à cause des enduits en ciment de ces mêmes murs.

Le tout finissant par macérer et par s’effondrer. Ce n’est pas le seul travers du ciment dans le bâti ancien, mais c’est un des plus probants.

 

Danger pour l’artisanat

J’ai volontiers admis que le ciment était dur, trop dur pour durer.

Mais je rajouterais à cela qu’il est comme une drogue, elle aussi : dure !

La révolution produite par l’invention du ciment (1817) et surtout par son industrialisation après la première guerre est gigantesque.

Malheureusement, l’emploi de ce matériau magique et multifonction a conduit à la perte progressive des autres savoir-faire liés au secteur du bâtiment.

En découlent, des tâches répétitives et normalisées qui enlèvent à l’artisan le besoin de réflexion et d’adaptation.

Artisans et ouvriers s’habituent à un produit bon-à-tout-faire. Ils deviennent les machines qui manient les autres machines dans un cadre établi.

Puis, si on leur enlève leur produit, une réaction de manque violente les saisit. Ils réalisent que sans lui ils ne sont plus grand-chose. Ils ne se souviennent plus comment ils vivaient avant de le connaître.

C’est là une dépendance psychologique forte que tous les artisans de la construction écologique et du bâti ancien observent régulièrement.

Et pas que chez les professionnels !

 

 

Les dangers du ciment: que doit-on retenir ?

Retenons pour commencer que le ciment a des propriétés impressionnantes mais que son utilisation s’est tellement répandue à tous les corps du gros-œuvre et du second-œuvre qu’on le retrouve à des endroits où il n’a pas sa place.

Que ce soit sous forme de parpaings, d’enduits ou de dalles, il a été largement surexploité et il a créé une dépendance inégalée à son égard.

L’industrie avait besoin de créer des emplois pour se développer et elle l’a souvent fait au risque de la déqualification du travail.

Aujourd’hui, peu de maçons savent utiliser des alternatives au ciment.

Les effets du ciment actuel sur la santé continuent d’être très indésirables et invalidants pour les travailleurs :

  • Irritations de la peau
  • Eczéma allergique
  • Irritations oculaires
  • Rhinites
  • Pathologies broncho-pulmonaires

La question des particules fines liées à sa production et les métaux lourds qui le composent souligne que le problème n’est pas encore réglé.

Par contre, il faut être honnête : ça va beaucoup mieux qu’avant.

Le tout est donc de faire la part des choses entre le danger et la peur… Et ça, personne ne peut le faire à notre place.

De mon côté, je me concentre sur l’utilisation et la banalisation d’autres matériaux comme l’argile et la chaux. J’en met partout où je peux éviter de mettre du ciment et ça fait toujours quelques sacs de ciment en moins à produire.

En bonus, je sauve quelques murs et j’améliore la qualité de vie des habitants.:)

J’espère que cet article t’a été utile. S’il l’a été prends une seconde pour le partager via les boutons de réseaux sociaux flottants sur la gauche de l’écran. En faisant ça, c’est un service inestimable que tu rends à ce blog.

Si tu souhaites en savoir plus sur les alternatives au ciment, un bon point de départ est

mon fascicule illustré de 24 pages sur la construction en terre crue ou

cet article sur la chaux hydraulique et la chaux aérienne.

On se retrouve dans les commentaires ! 😉

Gautier


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