Formation à l’éco-construction (OPEC)| Retour d’expérience

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On me contacte fréquemment pour me demander des infos quant à la formation OPEC (Ouvrier Professionnel en Éco-Construction) que j’ai passée.

En général c’est à la suite de la lecture de mon article sur le sujet qui est pas mal suivi sur le blog (Comment trouver sa formation à la construction écologique).

Les personnes qui m’écrivent se posent les mêmes questions que je me posais moi-même en 2013 avant de me lancer.

Est-ce fait pour moi ? Vais-je trouver du travail ? Un nouveau monde est-il vraiment possible ? Est-ce une activité marginale ?

Mais commençons d’abord par situer les choses… depuis ma perspective personnelle, cela dit.

 

 

Avant ma formation à la construction écologique

Il me semble judicieux d’expliquer un peu mon parcours pour pouvoir partager ce que cette formation à la construction écologique m’a apportée et ce que j’aurais souhaité qu’elle m’apporta (et bim, un passé simple ! 😊).

 

D’où je viens

En 2013 j’habite encore en Irlande avec ma chérie. J’avais décidé d’arrêter le tourisme pour m’approcher d’une vie « normale ».

Résultat : je deviens téléopérateur chez Amazon avant de trouver un poste dans une boite de produits vétérinaires (le kif, quoi !)

Mon aventure en Irlande mériterait un article à elle-seule mais la révélation de ces 18 mois a été de découvrir mes premières vidéos sur la permaculture et la construction écologique.

D’un seul coup, je me retrouvais avec des soirées et des weekends à remplir (chose improbable dans le tourisme). J’occupais ce temps-là à m’instruire sur un monde extérieur, culturel, politique et écologique auquel je n’avais jamais beaucoup pris le temps de m’intéresser.

J’avais eu une belle vie jusqu’alors et je me prenais à en imaginer une plus belle encore:

Faite de paille, de terre-crue, de cycles naturels et de bon sens paysan.

 

formation éco-construction

J’ai toujours été un doux rêveur

 

 

Comment est-ce que je me projetais

En revenant en France, mon projet n’était pas très clair.

Cinq semaines sur le chemin de Compostelle devaient m’aider à me centrer sur un schéma d’avenir.

Ce fût le cas puisqu’à la fin du chemin, je concluais qu’ouvrir un gîte serait le condensé parfait de nos expériences, à ma chérie et à moi.

L’idée que je trouvais pour compenser notre manque de ressources financières a été de me former aux techniques de construction.

La construction écologique n’était alors rien de moins qu’une évidence.

 

 

Mes craintes

J’avais très peu d’expérience dans le bâtiment et pour tester mes aptitudes je passais l’été à faire  WWOOFING et chantiers participatifs sur les routes France.

Loin d’être une épreuve du feu, je me suis senti tout de suite très à l’aise dans ce bouillon de pragmatisme.

Néanmoins, j’avais un peu peur de faire le grand pas.

Principalement,  car l’OPEC avait un coût rédhibitoire. Dans mon cas, c’était la seule chose que j’avais à perdre, mais quand même…

Aller vivre dans une nouvelle région le temps de la formation n’était pas absolument bloquant pour moi car j’avais la flexibilité de l’ex-expat sans point d’attache définitif.

Mon conseillé pôle-emploi Alsace m’indiqua qu’il ne pouvait pas garantir la prise en charge de ma formation. Il faudrait voir sur-place avec le pôle-emploi Rhône-Alpes.

Ça a été le premier risque que j’ai pris. C’est passé.

Le deuxième a été de présenter ma candidature à APLOMB (centre de formation à l’Éco-construction en Isère) sans expérience dans la construction. C’est également passé.

Dans le co-voiturage qui me ramenait en Alsace j’ai reçu l’appel qui m’annonçait que j’était accepté.

J’étais heureux comme un pinçon dans l’eau… Non, comme un poisson en pâte… Bon, j’étais content !

Pourtant, je ne savais toujours pas dans quoi je m’engageais.

 

 

Ma lettre de motivation

Difficile aujourd’hui d’être au clair avec tout ce que j’avais dans la tête à ce moment précis de ma vie.

En revanche, j’ai mis la main sur la lettre de motivation que j’ai envoyé à APLOMB. Elle me fait sourire aujourd’hui.

J’y parle du souhait de créer une entreprise mais à ce stade c’était plutôt un argument de motivation qu’un but à atteindre.

Quoi qu’il en soit, cette lettre permet de cerner mon état d’esprit au moment d’entrer dans cette formation à la construction écologique

 

 

Durant ma formation à l’éco-construction

Après avoir organisé une colocation avec deux autres participants à la formation OPEC, il ne me restait plus qu’à acheter quelques bouquins pour ne pas débarquer comme un cheveu sur la langue.

Je mettais le pied dans un nouvel univers !

 

 

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Un nouvel univers

J’ai toujours varié mes activités professionnelles mais je dois dire ne jamais avoir pris autant de plaisir à découvrir des choses nouvelles.

C’était un vrai tourbillon d’informations.

Au début confuses… Puis au fur et à mesure tout prenait sens et m’aspirait à l’étage supérieur.

Ce monde existait sans que je ne l’aie jamais découvert. Il avait ses codes, ses lois, sa logique.

Un socle ou devrais-je dire des fondations ancrées dans des pratiques éprouvées souvent depuis plusieurs siècles.

Mais également une ossature qui est encore aujourd’hui en pleine évolution avec la commercialisation de produits nouveaux et une maitrise récente des notions de thermique, d’acoustique et de confort dans l’habitat naturel.

Le tout avec un toit idéologique solide qui apporte du sens et protège l’âme de tout l’ouvrage.

 

 

Une expérience humaine

A côté de ces connaissances, je découvrais aussi 11 co-équipiers venus d’horizons distincts.

Presque tous dans la trentaine, c’était l’église des reconversions.

Quelques-uns étaient issus du bâtiment. Il y avait un jeune charpentier, un commercial-maçon, trois électriciens, un jeune tailleur de pierre, un ex-employé de l’ONF, un ex-ouvrier Eiffage, …

Tous avaient quelque chose à apporter, à partager.

Le coté humain de cette session (toute première session de formation à l’éco-construction pour APLOMB et deuxième en France, il me semble) est particulièrement inoubliable.

Peut-être à cause de l’état d’esprit qu’il faut pour rejoindre ce type de formation.

Peut-être parce que les trois-quarts étaient des déracinés comme moi.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que même si trois des candidats se sont arrêtés quelques semaines avant la fin du cycle, l’ambiance de ces 8 mois a été inédite.

 

Formation éco-construction

 

 

Théorie et pratique de l’éco-construction

La théorie

Le contenu des cours de formation était très riche. Surtout pour moi qui débarquais un peu sur la lune.

C’est une des raisons qui m’ont fait apprécier le temps investi.

En théorie, toutes ces informations sont très utiles. Je rappelle que la construction écologique enveloppe un esprit beaucoup plus global (certain aimeront le terme holistique) de la construction.

De fait, il convient de comprendre les choses au sens large.

Pas seulement comment l’on monte une ossature bois, mais aussi quel problème énergétique il y a à utiliser du bois de Finlande.

De plus, les solutions écologiques existent sous beaucoup plus de formes que celles de l’industrie classique. Il suffit de penser aux isolants naturels pour le comprendre.

Laine de bois, de chanvre, de lin, de textiles recyclés, ouate de cellulose, bloc de chanvre, chènevotte, liège, paille, balles de céréales, …

Formation éco-construction

Bref, la liste est longue et les raisons de privilégier telle ou telle solution en fonction du contexte de notre projet constructif ne manquent pas non plus.

Ainsi, comme si cela ne suffit pas, la construction écologique ce n’est pas que l’isolation thermique ou la cons

truction bois.  C’est aussi la maçonnerie et les enduits (avec des matériaux bio-

sourcés tout aussi variés), l’isolation à l’air, etc…

En somme, c’est tout un panel de spécialisations possibles.  Autant dire qu’en sortant de là il est relativement impossible d’en maîtriser l’une ou l’autre.

 

 

La pratique

La pratique se répartit en semaines de chantier-école et en semaines de stage en entreprise.

C’est le moment de se confronter aux réalités du terrain depuis la position privilégiée de stagiaire.

(Un collègue l’a appris à ses dépens en se faisant embaucher dans l’entreprise où son stage s’était pourtant si bien passé).

Le choix d’une entreprise pour faire un stage n’est pas aisé. Pas à cause de l’abondance de choix mais plutôt à cause de la réalité d’un marché encore peu développé.

Formation éco-construction

Stage en entreprise

Néanmoins, c’est une étape obligatoire pour acquérir de la confiance en soi et passer des mots aux actes.

J’ai adoré mes stages et ma motivation s’en est toujours vu augmentée.

Les chantiers-écoles étaient aussi très formateurs.

Premièrement, car l’ambiance de groupe générait une belle émulation.

Deuxièmement,  parce que cela permettait de se rendre compte de nos sensibilités vis-à-vis de tel ou tel matériau. Ces cours étaient très divers et relativement adaptés aux options qui nous attendraient par la suite.

 

 

Après l’OPEC

Le diplôme a été obtenu par pratiquement toute la promotion. Mon intuition est qu’à ce stade, ce nouveau centre de formation avait besoin de faire valoir à ses financeurs ses qualités.

La réussite des alumnis en était l’un de ces critères.

 

 

Ai-je eu de la chance ?

Après l’OPEC, j’ai tout de suite trouvé du boulot.

Les trois maîtres de stages chez lesquels j’étais passé m’ont chacun fait une proposition de contrat. CDD pour l’un, CDI pour les autres.

Cela n’a pas été le cas du reste de mes compagnons et nous devions être un tiers de la promotion à enchaîner chez un patron.

 

 

Y a-t-il des débouchés

Aujourd’hui, cinq ans plus tard, 3 d’entre-nous (sur les 12 initiaux) travaillons aléatoirement en tant que TOB (Travailleur Occasionnel du Bâtiment)  dans la construction écologique. Un collègue a monté sa boîte d’homme-orchestre charpentier maçon, trois autres travaillent dans le bâtiment au sens large et les autres (autant que je sache) n’ont pas persévéré dans le secteur de la construction.

Disons pour schématiser qu’un tiers est resté dans la construction écologique, un tiers est dans la construction non spécifique et le dernier tiers a changé de secteur (cette simplification ne prenant pas en compte les périodes de chômage).

Je dirais donc que pour être employé, il y a assez peu de place à prendre (pour l’instant) dans le monde de la construction écologique.

 

 

Quelles sont les options ?

A mon sens la meilleure option est de combler ce manque d’offre et de répondre à la demande en créant sa propre entreprise d’éco-construction.

Selon sa position géographique (car chaque région a une sensibilité différente sur le sujet) la demande est plus ou moins forte. Cependant, c’est aussi de l’offre que naît la demande.

Problème : avant d’avoir la confiance de monter sa boîte, la plupart des gens préfèrent passer par une expérience salariée…  Une histoire à dormir sans queue ni tête 😊

 

 

 

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Où j’en suis aujourd’hui

Voilà bientôt 5 ans que j’ai eu mon diplôme d’Ouvrier Professionnel en Éco-Construction.

J’ai travaillé durant trois ans chez un patron où j’ai appris énormément de choses et je n’ai pas lancé ma micro-entreprise.

Formation éco-construction

Pourquoi je n’ai pas lancé ma boîte

Sûrement un soupçon de crainte mélangé à un timing défavorable.

En vrai, je fais de petits chantiers en tant que TOB comme je l’ai mentionné plus haut. Mais l’idée de passer en micro-entreprise a été avortée à cause d’autres projets plus importants à mes yeux à ce moment précis.

Le premier a été la naissance de ma fille qui m’a fait, entre autres choses, quitter mon CDI.

Ensuite, un an après  sa naissance, c’est mon implication dans ce blog qui m’a fait entrevoir une autre possibilité de générer un revenu. Mon projet actuel étant de dispenser des formations indépendantes.

Ajoutons à tout cela le plafond financier et mon implantation dans une région ou je ne pouvais pas compter sur un réseau d’amis ou de famille pour lancer une activité rapidement.

En dernier lieu, le sujet qui me passionne (les enduits d’intérieur) représente une niche qui mettra du temps à faire vivre son homme.

A l’heure actuelle mes priorités sont de faire ce que je souhaite en matière de travaux et avoir des déplacements les plus réduits possibles. Heureusement, j’ai assez de cordes à mon arc pour pouvoir jongler avec ces exigences.

 

Un nouveau monde est-il vraiment possible ?

En ce qui me concerne, je reste confiant au sujet du développement nécessaire de la construction écologique.

Mon idée est que les cultures changent, de moins en moins lentement et de plus en plus souvent.

Les discours et les pratiques évoluent vers une prise de conscience de ce qui est bien et de ce qui est mieux.

Je l’entends et je le vois autour de moi. D’ailleurs tous les contacts que je reçois à faisons-le-mur sont le ciment de cette conviction.

 

 

Se former à la construction écologique, mon bilan

Mon bilan est plutôt positif. Je ne regrette pas d’avoir emprunté la voie de la construction écologique et respiré l’air du monde qui se cache derrière (pas de jeu de mots).

 

Retour à une idée de base, les enduits

Personnellement, je ne me sens pas maçon dans l’âme. Ni même artisan de la construction.

Les codes liés à ces professions me sont encore (en général) assez lointains. Même chez les artisans du bâti ancien.

Formation tadelakt

Moi je vise, ici aussi, un élargissement de la culture. Un développement de la « maçonnerie douce » comme

j’aime bien l’appeler.

Bref, mes expériences de vie m’empêchent d’être totalement à l’aise dans ce moule.

Pour finir, je retrouve ma motivation d’origine.

Pas celle qui m’a poussée à m’exclamer au détour d’une semaine de WWOOFING : « Chérie, je vais construire notre maison ! ».

Celle qui me ramenait à ce que je connaissais déjà de moi : une personne de l’esthétique plutôt que du gros œuvre.

Aujourd’hui je m’éclate avec les enduits et je souris quand je vois qu’ils étaient une de mes aspirations tout au début de mon chemin.

Quant à la maison d’hôte, mes réflexions m’ont amené à me méfier des crédits bancaires pour ce qui sort du cadre de l’investissement. Mais le projet reste dans un coin de ma tête.

 

Ton témoignage

Pour finir et pour répondre encore mieux aux demandes que je reçois, j’aimerais  t’inviter à partager ton témoignage sur le sujet.

As-tu l’intention de faire une formation à la construction écologique ? Quelles sont tes attentes ? Tes craintes ?

Es-tu passé par un des centres de formation à l’éco-construction ? Quel a été ton cheminement ? Partages-tu mon ressenti ?

As-tu un avis quelconque sur le sujet ??? Dans tous les cas, je serais vraiment heureux que tu te mettes en contact avec moi via les commentaires ou mon adresse email : Gautier@faisons-le-mur.com.

 

Bon chantier (de vie) !

 

Gautier

 


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2 thoughts on “Formation à l’éco-construction (OPEC)| Retour d’expérience”

  1. Bonjour Gautier,

    je sors de la formation OPEC du Gabion, et je me retrouve dans beaucoup de choses que tu décris. L’expat’, le temps avant de se lancer, la lettre de motiv’ avec plus ou moins le même projet de maison d’hôte, jusqu’à la colloc avec deux autres OPEC !
    Dans notre promo, par contre, plus de diversités: de parcours, d’âge (de 19 à 50 ans) et 4 filles sur 11 ! Bref, pleins de caractères différents, super enrichissant !

    Sur la formation en elle même, je suis d’accord pour dire qu’effectivement on apprends énormément de choses, des fondations à la couverture, ce qui nous permet d’avoir une lecture globale du bâtiment; mais qu’à la sortie, on a des lacunes partout. A nous de choisir vers quoi on se spécialisera ensuite.

    Je n’avais pas d’expériences dans le bâtiment donc les débuts on été très intenses. Quoi que de manière générale, toute la formation est intense: énormément d’infos à digérer, un rythme à suivre, beaucoup de boulot en équipe, … mais je me suis vraiment éclatée. Et avoir l’opportunité de travailler dans un domaine qui correspond à tes valeurs, c’est le pied !!

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