QUE SAIS-TU VRAIMENT DE LA CHAUX?

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Bonjour à toi !

Aujourd’hui on  traitera d’un sujet brûlant qu’il faut, comme chacun sait, éviter de toucher : la chaux ! Je mettrai donc des gants.

Eriuiu jlk lkjkjl frueu… non, j’enlève mes gants…

La chaux brûle, donc. Même quand elle est éteinte. Savez vous d’ailleurs qu’à part la chaux vive qui, elle, dessouderait vivement carcasses et autres cadavres, c’est la chaux aérienne, celle que l’on noie pendant des mois sous l’eau pour la rendre plus douce, qui, paradoxalement, brûle le plus. Va comprendre Charles…

Enfin bon, je ferme cette parenthèse… et pars en thèse :

 

QUI EST ELLE, CETTE CHAUX ?

 

Madame la chaux devrait on dire, car elle est depuis longtemps une grande dame de l’histoire de la construction. Madame fait partie de ces matériaux  phares de la construction qui ont brillamment passé les épreuves du temps. Jusqu’à il y a peu, car si aujourd’hui, en France, elle ne représente guère plus de 5 % des liants utilisés dans le bâtiment, jusqu’à la fin des années 1940 ce chiffre s’élevait à 90 %.

De nos jours, l’emploi du ciment s’est imposé, mais son incompatibilité avec les maisons anciennes (colombage, pisé, bauge, galet, …) ainsi qu’avec les maisons de demain (soucieuses, entre autre, de la perméabilité à l’air et à la régulation d’humidité des murs) m’amène clairement à penser qu’un regain sérieux de la chaux est à attendre dans la construction de maisons individuelles.

 

Selon moi, l’utilisation du ciment ne restera qu’une divagation, une tendance à coté de celle dont l’histoire magistrale a fait la fondatrice des plus grands empires. Pour n’en citer que quelque uns, on compte parmi ceux-ci les Mésopotamiens, les pré-Colombiens, les Egyptiens, les Romains, les Grecques, … Du Vème millénaire avant J.-C.  à nos jours, toutes ces cultures maîtrisaient la fabrication de ce matériaux surpuissant et aux multiples facettes comme nous le verrons plus bas.

 

Car les propriétés de la chaux sont uniques, autant dans le bâtiment qu’en dehors. Elle est une des clés de de la sophistication des temps et peut être dure ou douce, forte ou fine, comme la moutarde.

J’entends par la qu’elle a sa place dans le gros œuvre comme dans les travaux de finition. Elle est, à mon sens, le seul matériaux peut se vanter d’être à lui tout seul l’Alpha et l’Oméga de la construction, de la maisonnette au plus grand temples, des fondations à la couche de peinture finale.

 

Mais avant de continuer cet article, si vous ne pensez pas le lire jusqu’au bout, retenez simplement que la chaux c’est de la poudre ou de la pâte, mais avant ça, c’est de la chaux vive, et avant ça, ce sont des pierres calcaire !

 

ET COMMENT EST-ELLE FAIT ?

 

Je pourrais vous expliquer exactement comment est faite la chaux mais internet étant déjà truffé d’informations très techniques sur le sujet , je me limiterai  à quelques généralités indispensables pour savoir un peu de quoi l’on parle.

 

La chaux en poudre est obtenue par calcination de pierres calcaire. C’est à dire par cuisson de pierres , que l’on chauffe à +-1000° dans des fours verticaux dont certains faisaient jusqu’à 30m de haut. Les chaufourniers les remplissaient, par le dessus, de couches alternées de pierres et de charbon.

Il existe désormais des fours rotatifs qui ne bénéficie pas de l’optimisation thermique du four droit mais dont le rendement peut être doublé par l’alimentation continue en pierre calcaire.

Au terme de la calcination (au fait,ça ne te rappelle rien ce mot : « calcination » ? Réfléchis un peu… Et oui, quand tu calcines tes saucisses au barbecue, tu rends hommage à ce mot qui vient directement du processus de cuisson des pierres CALCAIRES  dans la production de chaux), la pierre est réduite en un produit hautement corrosif appelé « chaux vive ».

             

Il faut, en moyenne 3,5 t de calcaire extrait pour produire une tonne de chaux et dans l’industrie, le coût du combustible représente environ 40 % du prix de revient de la chaux produite.

Comme compris, cette calcination est une source importante d’émission de CO2, à laquelle s’ajoute la décarbonatation des pierres calcaire durant la chauffe puis au moment du trempage de la chaux vive.

Tout ceci n’est clairement pas une super nouvelle pour la planète et les émissions de gaz à effet de serre. Par contre, on se consolera en arguant qu’au cours de son utilisation, durant sa prise (carbonatation), elle absorbera à nouveau une quantité notable de CO2 pour retrouver sa forme solide.

Quoi qu’il en soit, nous verrons plus loin pourquoi malgré la consommation gourmande en énergie de sa cuisson, ses qualités environnementales et résilientes continuent de la rendre largement plus attractive que son principale rival et très très jeune cousin germain, le ciment.

 

Précisons aussi qu’il n’y a pas que les pierres calcaires qui servent à la production de la chaux. Toute source de matière calcaire peut devenir la base de fabrication de chaux. Je pense notamment aux coraux morts de Madagascar ou aux coquillages du Nil qui seraient, selon une hypothèse du professeur Joseph Davidovits, la base du mortier de chaux ayant servi au moulage de pierres de certaines pyramides.

 

La chaux vive :

 

La chaux vive a d’innombrables qualités et est aujourd’hui beaucoup utilisée dans l’industrie (sidérurgie, raffinage alimentaire, papeterie, …) et dans l’agriculture où le chaulage des champs assure, entre autre, une stabilisation du ph et la régulation des sols humides.

Aussi, contrairement à ce que l’on pourrait peut être penser, le bâtiment n’est pas le principal secteur consommateur de chaux.  C’est même un secteur plutôt modeste de cette industrie . Il ne  s’approprie, en France, qu’environ 15 %  du volume de chaux vive produite.

 

BON, TOUT CA C’EST POUR LA CHAUX VIVE, MAIS POURQUOI PARLE-T-ON AUSSI DE CHAUX AÉRIENNE ET AUTRE CHAUX HYDRAULIQUE ?

 

La source du calcaire employé, sa qualité et surtout sa concentration en argile déterminera ensuite l’appellation « aérienne » (CL) ou « hydraulique » (NHL) et , en substance, l’emploi que l’on fera de la matière.

Entre 5 % et 20 % de concentration d’argile, la chaux sera appelée « hydraulique ».

Au deçà, elle sera dite « aérienne ». Plus cette source de calcaire est pure plus cette chaux sera dite « grasse ».

Au delà, ce sont des chaux « hautement hydrauliques », souvent adjuventées et éminemment rigides qui ne ne prêtent plus du tout à la construction écologique.

Mais, pour pouvoir utiliser la chaux en poudre ou en pâte dans le bâtiment, il faut d’abord  « éteindre » la chaux vive. C’est à dire la réhydrater.

Cela peut se faire de différentes manières.

Aujourd’hui, dans l’industrie elle est réhydratée sous pression dans des cuves hermétiques prévues à cet effet.

Une autre technique est la réhydratation par aspersion. On y pulvérise la juste quantité d’eau pour en maîtriser l’extinction et obtenir un produit éteint qui gardera la forme poudreuse.

Enfin, pour obtenir de la chaux en pâte, la chaux vive passe par un trempage dans des bassins d’eau où elle reposera de 8 à 10 mois. Cette dernière technique est la plus simple et la plus traditionnelle. Plus la chaux trempe longtemps, meilleures en seront ses qualités (souplesse, onctuosité, légèreté, …). Ainsi, les romains allaient jusqu’à faire tremper leur chaux durant plusieurs années avant de l’utiliser !

On peut d’ailleurs faire tremper soi-même sa chaux aérienne en poudre du commerce avant de l’employer pour en faciliter l’application, mais ça, c’est un procédé sur lequel je reviendrais un autre jour.

 

La chaux hydraulique a la faculté de pouvoir faire sa prise dans un milieu humide, voire sous l’eau.

La chaux aérienne, elle, fait sa prise au contact de l’air uniquement.

Le plus impressionnant est que tant qu’elle n’a pas eu ce contacte avec l’air, elle peut garder sa forme pâteuse pendant des années voire des siècles avant de faire sa prise. C‘est d’ailleurs un cas observable lors de fouilles ou de réfections de monuments romains, entre les pierres desquels, on retrouve fréquemment des zones ou la chaux aérienne utilisée pour la construction était restée molle en attendant de pouvoir faire sa carbonatation à l’air.

 

Voilà, nous savons tout du procédé de fabrication de la chaux.

 

ET ON L’UTILISE COMMENT, LA CHAUX ?

 

La chaux, dans le bâtiment, est principalement un liant, elle a le pouvoir de lier ses copains les agrégats entre eux.

Imaginez que l’on mélange de l’eau et du sable et des cailloux ensemble, pour faire un petit château par exemple. Il s’en faudra de peu pour vous rendre compte que votre petit château ne deviendra jamais très grand, du moins, jamais très longtemps… C’est parce que l’eau en elle même n’est pas un liant.

Par contre, en y ajoutant un peu de chaux vous allez très vite observer une homogénéisation de votre mélange et son durcissement progressif. La chaux agit comme une colle minérale. Une pierre soluble qui durcit sous l’action du CO2 et du temps.

Dans le bâtiment, du sable, des cailloux, de la chaux et de l‘eau, ça s’appelle béton de chaux. Et c’est béton !

 

Merci à toi si tu m’a suivi jusqu’en bas de page, je ne manquerai pas de publier d’autres articles autour de la chaux car le sujet est aussi vaste que passionnant. Si il y a des points que tu voudrais me voir détailler n’hésite pas à me le faire savoir en utilisant les commentaires ci-dessous.

 

Au plaisir !


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6 thoughts on “QUE SAIS-TU VRAIMENT DE LA CHAUX?”

  1. Bonjour et merci de votre investissement au service des autres,qui recherchent de la vraie construction durable et respectueuse de l’environnement.
    Une question ,à propos de la chaux !Je vais utiliser de la NHL 3,5 pour hourdir et jointoyer des moellons à l’intérieur de ma maison.
    Quelles sont les dosages sable /chaud /eau s’il vous plait.
    Merci beaucoup.Très cordialement.
    Michel.

    1. Bonjour Michel merci pour ton commentaire encourageant 🙂
      Pour ton mortier à la chaux tu peux doser à 1 Chaux pour 3 sables (1 pour 3).
      Un sable 0/4 devrait faire l’affaire.
      Pour l’eau c’est la consistance qui commande. Des fois le sable est chargé d’eau, des fois il est très sec. Tu n’ajouteras pas la même qté d’eau dans les deux cas.
      Attention aussi de ne pas te faire avoir par la bétonnière. Les mélanges en bétonnière deviennent de plus en plus fluide si on laisse tourner longtemps (=corrige ta consistance en toute fin de malaxage).
      Bon chantier 🙂

      1. Bonjour et merci de cette réponse,claire et précise.
        En ce qui concerne la consistance,je gâche à la main,donc plus dur,mais plus gérable.
        Cordialement.

    1. Bonjour,
      L’enduit sec à la chaux sera plus friable que celui au ciment. En le cassant à la main vous devriez arriver à égrainer la sable en forçant un peu. L’enduit au ciment est lui très compact et casse en plaques. Si vous ne retrouvez pas les grains de sable, ce doit être du ciment.
      Bon courage !

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