Devenir Autoentrepreneur en maçonnerie : Interview de Laurent Balher 

L’autoentrepreneur en maçonnerie exerce en tant que maçon à son compte. C’est en me questionnant sur cette orientation que je suis tombé sur l’histoire de Laurent Balher. Après avoir travaillé quelques années en tant qu’ingénieur du bâtiment, Laurent a décidé de tout lâcher pour aller mettre la main à la pâte. Il a alors pu réaliser des projets de bout en bout en façonnant directement les matériaux de construction. Je me suis dit que son témoignage atypique pourrait t’intéresser. C’est pourquoi je te propose soit de regarder cette interview en vidéo, soit d’en lire la retranscription, le choix t’appartient ! Dans cet échange, il nous parlera de son goût pour les petits chantiers à faire tout seul et de la paix qu’il y trouve. Tu auras également son retour d’expérience sur la réalisation de devis, des perspectives liées à la construction écologique le choix de la forme juridique et beaucoup d’autres pépites !

Pour ceux qui souhaitent écouter la version audio dans la voiture ou en faisant la vaisselle, vous pouvez cliquer « play » sur la barre de lecture ci-dessous et l’écouter directement, ou encore cliquer sur « télécharger » sous la barre de lecture en bas de page pour sauvegarder le MP3 sur votre ordinateur/téléphone:


Comment es-tu passé d’ingénieur à la maçonnerie ?

J’étais effectivement ingénieur dans le bâtiment. Après avoir suivi Maths sup, Maths spé je suis entré à l’école d’ingénieurs ESTP (École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie) à Paris. Ensuite, je suis parti 3 ans au Maroc pour bosser comme conducteur de travaux sur un chantier pour enchaîner sur une maîtrise d’ouvrage en Guadeloupe. Puis quand je suis rentré en France, je ne sais pas, ça ne me plaisait plus de faire ça. J’avais besoin de faire quelque chose de manuel tout en restant dans le milieu du bâtiment parce que j’adore ce monde. Du coup en 2014, j’ai passé un CAP en maçonnerie dans le bâtiment ancien à l’Afpa. J’ai suivi cette formation pendant 9 mois. Après, mon objectif était de me mettre à mon compte. Je ne voulais pas travailler en entreprise hormis pour quelques stages. Du coup, j’ai créé ma boîte en mars 2015, et j’ai eu mon premier chantier en juin 2015.

Quelle différence entre bâti ancien et écoconstruction ?

L’intitulé de mon titre professionnel est vraiment « maçon du bâti ancien », donc ma spécialité est très orientée maçonnerie. Alors que l’écoconstruction, ça reste plus large. Moi, c’était vraiment le bâtiment ancien que je voulais aborder. Mais, les méthodes restent un peu les mêmes, si tu sais monter des murs en pierres, tu dois probablement savoir aussi monter un mur avec des agglos en chanvre. Finalement, ce sont juste les matériaux qui sont différents.

Pourquoi choisir le statut d’autoentrepreneur pour faire de la maçonnerie ?

Les démarches sont faciles. En fait pour créer ton entreprise il existe une formation de 3 jours à la Chambre des métiers. Celle-ci est basique, mais tu vas connaître les assurances obligatoires, un banquier vient t’expliquer les formes juridiques possibles. Après, tu montes un dossier, c’est assez rapide en réalité. Si tu veux être maçon à ton compte, tu dois avant tout décrocher le CAP, c’est vraiment le minimum. Ensuite, le plus compliqué c’est tout ce qui tourne autour des assurances et notamment de la garantie décennale. Monter sa boîte, c’est facile, mais la faire fonctionner c’est plus délicat. Mon expérience personnelle en tant qu’ingénieur m’a bien aidé de ce côté-là.

Je n’ai pas eu non plus à investir, je n’ai pas fait de crédit ce qui a aussi motivé mon choix pour le statut autoentrepreneur en maçonnerie. C’est un statut simple pour débuter et gérable même seul.

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De quel équipement as-tu eu besoin pour lancer ta carrière de maçon à son compte ?

Mon but était de commencer avec le minimum. Donc, je suis parti avec une gamatte, une truelle une pelle… ma voiture ! Une Clio dans laquelle je mettais de grosses poubelles noires dans le coffre avec du sable, du gravier et je partais sur les chantiers comme ça. Donc je n’avais même pas de camionnette, pas de remorque, pas de bétonnière. Je faisais tout à la pelle et à la brouette.

Puis, petit à petit, j’ai investi dans un petit marteau piqueur et d’autres outils. Je décidais de mes achats en fonction des chantiers. Je finançais mon équipement au fur et à mesure. Le but était justement de voir vers quoi j’allais. Au lieu d’investir tout de suite pour finalement se rendre compte que je n’en aurais pas besoin.

À quel type de chantier t’es-tu attaqué et que préfères-tu réaliser ?

Je préfère travailler sur un petit chantier qui ne dure pas trop longtemps. J’en ai déjà fait 2 gros dont un dans une grange en pisé avec des ouvertures à réaliser et des enduits à faire. Le deuxième je l’ai commencé il y a peu de temps, avec une grosse maison en pierre où là tout est démoli, avec beaucoup d’ouvertures à refaire. Les gros chantiers prennent du temps, il est possible de s’y atteler seul, mais c’est beaucoup de travail et de fatigue. Donc, pour moi, le chantier idéal c’est un petit chantier avec une petite ouverture à faire. C’est bien plus gérable seul, d’autant plus que les grosses entreprises ne s’y intéressent pas, donc il y a davantage de clients pour ce type de travaux. J’aime bien aussi poser les enduits à la chaux et à la terre, car le résultat final est vite obtenu. Du coup, je peux voir la satisfaction du client assez rapidement, donc c’est sympa. Question maçonnerie pure, j’adore aussi monter des murs en pierres.

L’autre avantage de s’attaquer à la petite maçonnerie est que tu es plus réactif. Si par exemple tu as un enduit à réaliser, tu peux le faire en 3 jours et y aller dans la semaine. Les clients ont plus souvent besoin de ce type de prestations qu’on le pense. Et lorsqu’ils appellent un artisan, ils se heurtent à 6 mois à 7 mois d’attente. Du coup, quand toi tu peux leur dire que tu es disponible dans 2 semaines, ils sont très contents.

Est-ce un avantage d’exercer en zone rurale ?

Oui, c’est plutôt un avantage surtout en bossant dans le bâti ancien. Je peux intervenir sur du pisé, des murs en pierre. J’y trouve plus de clients, je pense. Je ne pourrais pas te dire s’il y a plus d’artisans en ville ou à la campagne. Mais je sais que chez moi, en Isère il n’y en a pas tant que ça, surtout dans ma spécialité. Donc tout va très vite même avec du simple bouche-à-oreille. Cela étant, en ville, il y a beaucoup de gens qui rachètent de vieilles maisons et qui souhaitent les retaper sans s’y connaître. Après il y a aussi la notion de logistique. Par exemple, c’est plus facile de se faire livrer des matériaux à la campagne qu’en centre-ville où les livreurs doivent emprunter de petites ruelles.

Comment les clients perçoivent-ils la maçonnerie dans le bâti ancien ?

Beaucoup de personnes essaient de réduire les coûts au minimum. Donc forcément dès que tu proposes des enduits à la terre ou à la chaux qui sont légèrement plus chers, alors qu’un artisan propose un truc vite fait et bon marché au ciment… Il faut pouvoir les convaincre de l’intérêt d’opter pour des matériaux plus naturels.

Après, tu sens tout de même que les acquéreurs de vieilles maisons commencent à prendre conscience qu’on ne fait pas n’importe quoi sur du bâti traditionnel. Ils sont parfois étonnés par les pratiques. Par exemple, lorsque je réalise une ouverture dans un mur en pisé, la majorité pense que je vais réaliser des linteaux en ciment, ils sont surpris quand je pose plutôt du chêne. Mais avec quelques explications, ils finissent par comprendre et par te faire confiance. Et à la fin, devant le résultat, ils sont souvent ravis. Du coup, ils en parlent autour d’eux.

Il faut juste leur expliquer le désordre que peuvent engendrer les mauvaises pratiques. Ils attendent surtout une solution pérenne. Les clients sont curieux, ils veulent savoir et s’intéressent au sujet à partir du moment où l’on prend le temps d’expliquer. C’est agréable de travailler comme ça, c’est une espèce d’échange : tu apportes un savoir, ils t’apportent le support pour utiliser ton savoir-faire. Prenons l’exemple de la terre, pour eux l’utiliser comme enduit ce n’est pas commun. Ils vont être sceptiques, alors tu leur présentes un petit échantillon et ils sont surpris du rendu. C’est incroyable dans une région où il y a tellement de terre ! Ici, cette technique devient un vrai savoir-faire perdu. C’est dommage, il faudrait que ça revienne.

Est-ce que les clients recherchent des spécialistes en maçonnerie traditionnelle ?

Ça reste assez confidentiel, en dehors des architectes, des artisans et de quelques associations peu de personnes connaissent cette branche de la maçonnerie. Les particuliers sont moins au fait de ces techniques, ils ont donc encore besoin d’une certaine éducation sur le sujet. Mais ça les intéresse dès que tu prends la peine de leur en parler.

Peux-tu nous partager tes erreurs de débutant ?

Déjà en étant seul, j’ai toujours eu le réflexe de me dire : est-ce que si je prends seul ce chantier, je peux le gérer ? Et cela avant de faire un devis. Il y a des devis que je n’ai pas effectués juste parce que je ne le sentais pas.

Après, sur place je n’ai pas forcément commis d’erreurs, je dirai plutôt que certaines fois, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Tu réfléchis à un truc, puis finalement en arrivant sur place, tu comprends qu’il faut changer tes plans. Notamment, quand tu réalises des ouvertures en chaîne. Le chêne pèse lourd, alors il faut toujours te débrouiller, du coup, tu en arrives à t’équiper. Depuis, j’ai un petit treuil électrique. Au début, chaque cas te met face à un problème différent, donc tu cherches des solutions. Un chantier commence toujours par beaucoup de réflexions avant de faire les choses. C’est typiquement ce fonctionnement qui me manquait lorsque j’étais ingénieur : je réfléchissais pour donner des instructions aux autres. Aujourd’hui, je cherche des solutions pour les mettre en œuvre moi-même. J’allie enfin la théorie à la pratique, c’est une activité beaucoup plus complète à mon sens.

Pour l’instant, je me suis confronté à des situations toujours rattrapables. Comme lorsqu’un enduit fraîchement étalé gèle en plein hiver… Eh bien, tu décolles tout et tu recommences. Ce n’est pas une grosse erreur en soi, mais plutôt une perte de temps. Après, tu comprends pourquoi les anciens ne posaient pas d’enduit entre octobre et avril, pour éviter les périodes de grand froid et ce type de déconvenue.

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Comment gères-tu tes devis d’autoentrepreneur dans le bâtiment ?

Ça c’est vraiment une partie pas évidente ! Aujourd’hui, je crois que je ne suis pas assez cher ! La particularité de ma branche, c’est que je ne peux pas aligner mes prestations avec celles des autres artisans. Mais avec le statut d’autoentrepreneur en maçonnerie on peut généralement se permettre d’être moins cher que les artisans. En revanche, avec cette forme juridique tu ne peux pas déduire les investissements de tes bénéfices pour payer moins de taxes. Il y a des avantages et des inconvénients.

Chiffrer la quantité de matériaux que tu vas utiliser, c’est simple. En revanche, c’est la partie temps qui est plus délicate à estimer. Même si tu as une idée du temps que tu vas passer sur un chantier, dans l’ancien ce n’est pas si prévisible, il y a toujours des surprises. Comme lorsque tu penses qu’un enduit à retirer va te prendre 2 jours, alors que tu te rends compte qu’il est beaucoup plus épais que prévu avec du ciment derrière… C’est compliqué, et parfois, en calculant, tu te dis : mince, c’est trop cher ! Puis, en fait non parce que tu vends un savoir-faire, donc je n’ai finalement jamais eu de souci sur cet aspect avec les clients. Je suis toujours rentré dans mes frais. Cela étant, tu t’adaptes au client. Si tu as des petites bricoles à faire, mais que tu sens qu’il pourrait te confier d’autres tâches, tu peux négocier. Par exemple, quand j’effectue 3 à 4 chantiers chez un particulier, je propose une espèce de devis cadeau. Au final, une ouverture dans du pisé ou la pose d’enduits naturels sont des travaux difficiles à chiffrer à l’avance, donc c’est plutôt du cas par cas.

Est-ce facile de se fournir lorsque l’on souhaite se cantonner au bâti respectueux ?

Oui, moi j’ai Alliance 4 dans la commune et j’y trouve tout ce qu’il me faut. Par exemple, j’ai voulu faire un stuc façon tadelakt marocain chez ma mère et j’ai pu y trouver facilement de la poudre de marbre et de la chaux aérienne. On a la chance d’avoir ça, on y trouve même des agglos en terre qu’ils font sur place. Il y a Marie Nature aussi à Moirans où je trouve également de la terre. Je pense qu’il y a des endroits de la France où il est plus simple de se fournir en matériaux traditionnels. Après, pour tout ce qui est plus classique comme le sable, je vais chez des fournisseurs ordinaires. Aussi, j’ai essayé parfois de fabriquer mon propre Adobe. Quand je réalise des ouvertures dans un mur en pisé, il m’est arrivé de récupérer les anciennes briques, de les broyer et de les tamiser pour récupérer la terre et en faire des enduits. Mais, ça prend du temps, c’est plus facile d’acheter chez un fournisseur qui livre directement sur le chantier !

As-tu déjà eu des demandes d’ouvrages irréalisables ?

Ça m’arrive pour les ouvertures dans le pisé. C’est assez technique et puis ça représente plus de risques aussi. Il y a un tas de paramètres à calculer, il faut bien réfléchir avant de commencer. Avec la mode des grandes baies vitrées, certains clients me demandent de leur créer une ouverture de 5 mètres. Ça par exemple, je ne prends pas le risque sur du pisé. Alors tu as des artisans qui vont dire oui. Mais, moi, je ne m’y aventure pas pour le respect du bâtiment. Mais, quand tu ne veux pas faire n’importe quoi, il suffit souvent d’expliquer aux clients les raisons qui te poussent à refuser. Après, il ne reste plus qu’à trouver un compromis. Ensuite, je ne fais pas trop d’enduits décoratifs, parce que ce n’est pas vraiment ce que recherche ma clientèle habituelle, car ce sont des prestations plus chères. Je ne fais pas de tadelakt chez un client par exemple, parce que c’est plus long et assez technique, même si le rendu est vraiment sympa. Être maçon à son compte, c’est aussi choisir ses spécialités et c’est un super métier avec lequel on peut très bien gagner sa vie.

C’est la fin de cette interview au sujet de comment devenir autoentrepreneur en maçonnerie. Je remercie Laurent Balher d’y avoir participé et de nous avoir partagé son expérience. J’espère que ça t’aura inspiré et fait prendre conscience que se lancer seul·e dans la maçonnerie, c’est possible ! Et si tu m’as lu jusque-là, ne repars pas les mains vides ! Télécharge gratuitement ici mon petit guide de la construction en terre crue pour découvrir toute la richesse de notre patrimoine et de la maçonnerie traditionnelle.


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  • Super solutions de présenter des professionnels en vidéo, une super idée de site.
    Bonne continuation.

    • Eco.didaqt dit :

      Merci pour ces encouragements 🙂

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