Pisé : Comment isoler par l’intérieur ? 


​Vous cherchez à isoler un mur en pisé pour améliorer le confort thermique d’une pièce, d’une maison ?

Vous avez lu un tas de choses sur ce sujet, des articles sur internet, des discussions sur des forum ? Vous avez l’impression que chacun défend un peu sa paroisse ou sa vision, sans s’appuyer sur des éléments tangibles et scientifiques ?

Vous aimeriez avoir une vision globale et savoir comment isoler du pisé ?

Techniquement, quels sont les phénomènes ? Les retours d’expériences, qu’est-ce que ça donne ? Les règles de l’art : quelles sont-elles ? Les chercheurs, qu’est-ce qu’ils ont à dire ? 

C’est ce que nous allons voir ensemble, pour éclairer votre choix ! Prêt, feu, partez !


Cedric Giral

​Cédric Giral

J​e suis très heureux de faire un bout de mur avec Gautier en ajoutant ma pierre qu’est cet article 🙂

J’apporte un éclairage scientifique aux personnes qui choisissent leurs travaux de rénovation, notamment sur la performance thermique.

Je suis ingénieur Arts et Métiers, ouvrier en restauration du bâti ancien, et surtout je suis passionné par la construction.

Voyons donc comment bien isoler un mur en pisé, dans les règles de l’art.


Le bâti ancien est un sujet passionnant où il nous reste encore des choses à découvrir, et les méthodes adaptées sont encore loin d’être généralisées.

Oui, on peut isoler du pisé avec de la laine de verre + plaques de plâtre, qui est la solution la plus répandue et aussi la solution “prête à poser” la moins chère. 

Mais cette solution n’est pas vraiment satisfaisante pour isoler du pisé, car elle peut conduire à la ruine du mur par excès d’humidité ! 


Quelles sont les règles de l’art concernant le pisé ?

Le pisé est une technique de construction en terre compactée. Il y aurait environ 1 million de maisons en pisé en France, et le tiers de l’humanité vivrait dans un habitat constitué de terre.

Pourtant, il n’y a pas de normes NF DTU qui concerne ce type d’ouvrages.

Encore moins d’avis technique.

Ces deux types de documents sont ceux sur lesquels se basent les artisans pour réaliser leurs ouvrages, pour respecter les règles de l’art, et ainsi être assurés en cas de sinistre.

Pourquoi il n’existe pas de tel document pour le pisé ?

Tout simplement parce que le pisé se faisait avant les compagnies d’assurances.

Le pisé a été remplacé par des matériaux normés, comme le parpaing et les briques.

isoler pise

Les règles de l'art concernant le pisé ne se trouvent pas dans les normes

Mais cela n’empêche pas que ce matériau soit bien connu d’une part, et que certains matériaux isolants soit eux sous avis technique.En ce qui concerne le pisé, il existe des documents qui rassemblent les bonnes pratiques. Ce ne sont pas des normes, mais cela constitue les règles de l’art. Citons ici le guide des bonnes pratiques de la construction en terre crue.

Capacité du pisé à recueillir la condensation de surface dans des micro pores

Nous allons nous intéresser à tout ça et déterminer comment isoler du pisé.


Quelles sont les caractéristiques reconnues du pisé ?

La déperdition réelle d’un mur en pisé est largement inférieure à ce que prévoient les calculs basés uniquement sur la capacité d'isolation du pisé, ou plutôt sa résistance thermique R. 

Les valeurs correctes s’obtiennent à l’aide de Simulations Thermiques Dynamiques bien plus élaborées.Passons en revue les propriétés qui expliquent ces différences.


Inertie et déphasage

Le pisé est un matériau lourd et réalisé en murs épais. Il apporte donc une inertie importante, à condition de ne pas être (trop) isolé thermiquement côté l’intérieur.

Cela explique en partie ses qualités naturelles de bonne gestion de la chaleur en été.

Le pisé présente un déphasage important : l’onde de chaleur met beaucoup de temps à traverser un mur en pisé.


Changement de phase de l'eau

Changement de phase au sein du pisé : il y a des phénomènes d’évaporation d’eau en été qui absorbent une certaine quantité de chaleur, et des phénomènes de condensation d’eau en hiver qui libèrent une certaine quantité de chaleur.

Ces changements de phases apporteraient de la fraîcheur en été (économies de climatisation) et un apport naturel de calories en hiver (économies de chauffage).


Hygroscopique et capillaire

Hygroscopie : Le pisé régule le taux d’humidité ambiant par les phénomènes d’aDsorption et d’aBsorption

ADsorption : Capacité du pisé à recueillir la condensation de surface dans des micro pores.


isoler pise

Capillarité : C’est la “suite” de l’aDsorption, en profondeur : le matériaux conduit l’eau sous forme liquide microscopique. Cela s’appelle aussi l’aBsorption. L’eau liquide peut “monter” dans le matériau s’il est sec, comme dans un sucre immergé à moitié dans du café. C’est ce que montre la figure 6.5 de la thèse de Lucile Soudani sur le pisé (1).

isoler pise capillarite


Perméable à la vapeur d'eau

Perméable à la vapeur d’eau : il laisse transiter la vapeur d’eau facilement.

Les changements de phase, les flux d’eau, de vapeur, se retrouvent sur la figure 6.1 de la thèse de Lucile Soudani sur le pisé (1).

isoler pise effusivité

Effusivité et capacité calorifique

Effusivité assez élevée, donc la sensation de paroi froide intervient assez rapidement quand la température de surface descend.

Capacité à capter la chaleur du soleil : Lucile Soudani montre, instrumentation d’un mur à l’appui, que l’onde de chaleur associé à l'ensoleillement pénètre dans la maison vers 3h du matin.


Y a-t-il de l’humidité dans un mur sain ?

Oui, il y a de l’humidité dans le pisé. C’est la conséquence logique des propriétés que l’on vient de voir.

D’abord l’hygroscopie qui lui fait capter l’humidité présente dans l’air intérieur et extérieur.

Puis la capillarité associée au fait d’être construit sur un soubassement en pierre sans rupture de capillarité.

En effet, nous utilisons dans les constructions d’aujourd’hui du béton armé (moins capillaire que la pierre) et pourtant nous plaçons des ruptures de capillarité : bande de bitume armé, feuille de polyéthylène ou hydrofuge

Feuille de polyéthylène qui coupe les remontées capillaires

Le mur en pisé tolère la présence d’humidité, dans la limite du raisonnable. Une limite raisonnable est celle qui n’a pas été dépassé pendant les décennies qui viennent de s’écouler.

Comme le montre Illustration Pascal Scarato (Architecte de la SARL ABITerre) et Thierry Loison – Revue Qualité Construction n°143 :

Le mur en pisé “joue” avec l’humidité, elle n’est bloquée nulle part :
isoler pise quel isolant


A partir de quand il y a trop d’humidité dans le mur ?

Merci, c’est une excellente question à se poser avant d’isoler un mur en pisé 😉

L’isolation modifie l’équilibre hydrique que l’on vient de voir, et peut créer des zones de forte humidité. Le risque est alors l’effondrement.

En effet, le bas du mur en pisé est une partie qui est humide : 

  • Proche des remontées capillaires
  • Proche des eaux de rejaillissement (la pluie qui rebondit)
  • Zone où l’eau descend par gravité quand il est saturé

  • Et c’est aussi, logique des descentes de charges oblige, la zone la plus sollicitée mécaniquement, puisqu'elle porte tout le bâtiment qui se trouve au-dessus.

    Il convient donc de perturber le moins possible un équilibre déjà remarquable.

    Cet éventuel excès d’humidité n’est pas causé que par une isolation mal choisie, loin de là !


    Les causes d'humidité dans le pisé

    Il y a deux facteurs qui augmentent le taux d’humidité que peut raisonnablement contenir le pisé : 

    1. L’augmentation des apports en eau. 

    2. La diminution des voies d’évacuation de l'eau.


    Augmentation des apports en eau dans le pisé :

  • Sous-sol extérieur surélevé par rapport à l’origine.

  • Sous-sol extérieur humide en permanence (revêtement qui empêche de sécher)

  • Sol extérieur en pente vers le mur

  • Sous-sol intérieur surélevé par rapport à l’origine.

  • Sous-sol intérieur humide en permanence (revêtement qui empêche de sécher)

  • Défaut d’étanchéité en toiture

  • Défaut d’étanchéité d’un appui de fenêtre

  • Vapeur d’eau dans le logement dû à une température plus élevée et une ventilation naturelle plus faible qu’à l’origine

  • Vapeur d’eau et condensation dans l’isolant intérieur


  • Diminution des voies d’évacuation de l’eau contenue dans le pisé:

  • Enduits ou isolant extérieur qui freinent le séchage et la migration capillaire

  • Enduits ou isolant intérieur qui freinent le séchage et la migration capillaire


  • ​Sur le site lamaisonsaintgobain.fr on retrouve ce schéma qui illustre ces phénomènes, tout comme celui de Pascal Scarato juste après :

    isoler pise quel isolant
    isoler pise quel isolant


    On voit bien les nombreux remaniement de l’ouvrage en pisé qui peuvent venir perturber le fonctionnement initial du mur.

    Aucun en soi ne peut être considéré comme “rédhibitoire”, ce sont simplement des facteurs qui s’ajoutent les uns aux autres, et qui expliqueront tels ou tels pathologies futures dans l’ouvrage.

    S’il n’y a eu aucune modifications depuis 20 ans, que l’ouvrage est stable, et que l’usage n’est pas voué à être modifié, (un bâtiment inhabité qui va soudainement l’être notamment), c’est déjà bon signe. 

    Mais ces informations ne sont pas toujours disponibles.

    On dit souvent de remédier à tous ces problèmes avant d’isoler. Théoriquement c’est juste, mais dans la pratique c’est souvent compliqué.

    Je vous recommande de diagnostiquer le mur, et finalement la maison, à la lumière des différents sujets évoqués juste avant, et de tout résoudre ; c’est évidemment la meilleure façon de faire pour prolonger l’existence de ce mur de quelques siècles, et garantir la sécurité des habitants.


    Les critères retenus pour choisir l’isolation

    En ce qui concerne le choix de la solution pour isoler un mur en pisé, on va donc surtout chercher à : 

  • Ne pas lui apporter d’humidité supplémentaire

  • Ne pas l’empêcher d’évacuer de l’humidité.

  • Mettre une isolation efficace

  • Mettre une isolation efficace longtemps

  • Mettre une isolation dont le savoir-faire est répandu


  • Isoler un mur en pisé avec de la laine de verre + placo

    Comme je le disais en introduction, c’est une solution très répandue. Les raisons sont simples : c’est la solution prête à poser la moins chère, les performances annoncées sont excellentes, le savoir-faire est très répandu.

    Oui mais... Vous vous doutez du mais après tout ça. Le placo et la laine de verre sont perméables à la vapeur d’eau. (On suppose là une pose sans pare-vapeur scotché).

    Très bien, ils sont perspirants, pourrait-on alors se dire ! Cela correspond à de nombreux conseils entendu par ci par là.

    Mais dans quel sens circule la vapeur d’eau ?

    Voyons encore une fois les résultats de Lucile Soudani, suite à sa campagne de mesures dans le cadre de son travail de recherche.

    Les taux d’humidité relatives mesurés pendant un an dans la maison, n’ont rien d’incroyable, sinon de remarquer un air bien équilibré : 

    L'humidité relative est toujours plus faible à l'intérieur qu'à l'extérieur.

    Mais ce qui est intéressant, c’est de visualiser la pression de vapeur, car c’est elle qui cherche un équilibre perpétuel, et qui crée les flux :

    La pression de vapeur est plus importante à l’intérieur donc la vapeur d’eau migre de l’intérieur vers l’extérieur, si on ne l’empêche pas de le faire.

    C’est ce que permet le pisé, c’est ce que permet aussi le placo et la laine de verre.

    Mais ça serait trop simple ! On a le phénomène de condensation qui intervient dans ce petit jeu.

    En effet, au fur et à mesure que la vapeur d’eau traverse l’isolant, à l’échelle microscopique, elle rencontre de l’air de plus en plus froid, jusqu’à atteindre le point de rosée.

    De l’eau liquide se forme.

    Ça aurait dû se passer au cœur du mur en pisé, qui est capillaire et à “l’habitude” de gérer ça.

    Mais là, ça vient de se produire dans la laine de verre, qui ne sait pas l’évacuer.

    On a donc une quantité d’eau importante coincée entre le placo et le pisé, qui apporte une humidité néfaste au mur, qui l’empêche d’évacuer sa propre humidité, et les performances de l’isolant sont fortement dégradées.

    isoler pise quel isolant

    C’est la migration de vapeur d’eau de l’intérieur vers l’extérieur, associée à la non capillarité de la laine de verre qui pose le problème principal dans ce cas là.

    Solution ? Un pare-vapeur !


    Isoler un mur en pisé avec de la laine de verre + pare vapeur + placo

    Pour éviter la migration de vapeur d’eau à travers l’isolant, il suffit d’appliquer les règles de l’art bien connues à ce sujet, à savoir l’utilisation d’une membrane pare-vapeur.

    Celle-ci bloque la vapeur d’eau côté chaud de l’isolant, ainsi on a aucun problème de condensation. Par contre on perd le côté perspirant (ou respirant) du mur : il n’est plus hygroscopique.

    On perd un peu en qualité, puisque cette régulation est très positive pour la qualité de l’air intérieur, qu’il faudra quand même renouveler car l’humidité n’est pas le seul paramètre d’un air sain. Voir à ce sujet mon analyse sur comment choisir un système de ventilation.

    L'utilisation d'un pare vapeur semble donc une bonne solution pour préserver l’isolant, et pour protéger le pisé d’une migration de vapeur d’eau trop importante et qui génère de la condensation côté intérieur.

    Mais, et vous vous y attendiez, ce n’est pas si simple …

    Rappelez-vous, le pisé sèche des deux côtés de la paroi : l’eau migre sous forme liquide, et s’évapore à la surface, si la surface est libre et ventilée. Et cela, côté extérieur ET intérieur.

    Mais avec un doublage placo et laine de verre, on à la un milieu confiné, non capillaire. Le taux d’humidité grandit jusqu’à atteindre l’équilibre avec les remontées capillaires.

    Difficile de dire s’il y aura condensation, vous vous rendez compte du nombre de paramètres qui entreraient dans l’équation ?

    • Humidité naturelle du sous-sol, 
    • présence de drain extérieur ou non
    • présence d’un hérisson ventilé ou non
    • porosité des pierres de soubassements
    • porosité du pisé utilisé
    • revêtement extérieur
    • autres sources d’humidité​

    ​Chaque bâtiment​ est unique, particulièrement ceux en pisé. Mais dans tous les cas, la présence de cette laine de verre confinée n’aide pas à l’évacuation de l’humidité naturellement présente dans le pisé.

    isoler pise quel isolant

    Bon, ben créons une lame d’air alors ! Ainsi, l’humidité présente dans le pisé pourra naturellement s’évacuer avec le renouvellement d’air.


    Isoler un mur en pisé avec lame d’air ventilée + laine de verre + pare vapeur + placo 

    Le principe est le suivant, on ménage un espace de quelques centimètres entre le pisé et l’isolant, et on fait circuler de l’air dans cet espace.

    Dans l’idée, oui cela permettrait d’évacuer l’humidité qui vient du pisé.

    Mais si cet air vient de l’intérieur de la maison, on a de l’air chaud brusquement refroidi, qui vient au contact du pisé.

    Le point de rosée est atteint avant même de toucher le mur, ou bien dès le contact avec la surface froide. La condensation ne se fait pas attendre.

    Si tout va bien, le mur absorbe et gère cette humidité, mais ça peut aussi ruisseler au pied du mur et être très très néfaste pour le pisé, en plus de créer une zone humide potentiellement lieu de moisissures.

    En outre, la performance thermique de la paroi est systématiquement dégradée puisque c’est un système de refroidissement que l’on vient de créer (comparativement à un doublage isolé efficace).


    Bon, ben créons une lame d’air alors ! Ainsi, l’humidité présente dans le pisé pourra naturellement s’évacuer avec le renouvellement d’air.


    Isoler un mur en pisé avec lame d’air ventilée + laine de verre + pare vapeur + placo 

    Le principe est le suivant, on ménage un espace de quelques centimètres entre le pisé et l’isolant, et on fait circuler de l’air dans cet espace.

    Dans l’idée, oui cela permettrait d’évacuer l’humidité qui vient du pisé.

    Mais si cet air vient de l’intérieur de la maison, on a de l’air chaud brusquement refroidi, qui vient au contact du pisé.

    Le point de rosée est atteint avant même de toucher le mur, ou bien dès le contact avec la surface froide. La condensation ne se fait pas attendre.

    Si tout va bien, le mur absorbe et gère cette humidité, mais ça peut aussi ruisseler au pied du mur et être très très néfaste pour le pisé, en plus de créer une zone humide potentiellement lieu de moisissures.

    En outre, la performance thermique de la paroi est systématiquement dégradée puisque c’est un système de refroidissement que l’on vient de créer (comparativement à un doublage isolé efficace).

    isoler pise quel isolant

    Là c’est le phénomène de la condensation qui nous a joué un tour, comme celle que l’on observe sur une vitre froide.

    Evidemment, cela gêne l’évacuation de l’humidité naturelle du pisé par l'intérieur, et augmente la quantité d'eau qu'il conserve en lui.


    Et si on ventilait la lame d’air par dehors ?

    Pour évacuer l’humidité naturelle du pisé, éviter de dégrader la performance thermique etc. comme nous venons de le voir, on peut choisir de ventiler la lame d’air par dehors.

    Théoriquement cela fonctionne très bien, c’est ce que l’on appelle la boîte dans la boîte. Mais en pratique, il y a quelques précautions à prendre au niveau de l’entretien de cette lame d’air, au niveau de l’étanchéité à l’eau, de l’entrée d’insectes, de la gestion des ponts thermiques avec le reste des murs.

    En effet pour le coup on met vraiment le mur en pisé "dehors", à la température extérieure. Fini l’inertie etc.

    Mais c’est une solution qui marche, c’est la première ! YouhOu !

    Bon, et si on veut moins s’embêter, perdre moins de place, conserver toutes les qualités du pisé, sa pérennité, son hygroscopie, mais qu’on veut gagner en confort, on fait quoi ?


    Isoler un mur en pisé avec un isolant capillaire imputrescible

    Suite à tout ce qu’on vient de voir, il s'en suit que pour conserver la pérennité et les qualités du pisé, on a besoin de maintenir la capillarité jusqu’à la zone d’évaporation.

    D’un autre côté, pour améliorer le confort thermique, on a besoin :

    • D’isoler thermiquement

    • De diminuer l’effusivité de la paroi (une forte effusivité donne la sensation de paroi froide)

    • D’augmenter la température de surface

    Pour ça, on va choisir un isolant capillaire imputrescible. Et il y a plein de possibilité !


    ​Récapitulatif des solutions envisagées pour isoler un mur en pisé par l’intérieur

    Le plus prudent est l’enduit correcteur thermique. L’idée c’est de faire par exemple un chaux chanvre de 4cm d’épaisseur. Vous ne vous tromperez pas en faisant ça. 

    Le point faible de l’enduit correcteur thermique est la performance thermique, on en reparle un peu plus bas.

    Poussons donc un cran plus loin pour les plus accrochés d’entre vous, en donnant encore quelques critères décisifs si vous n’avez pas déjà choisi l’enduit correcteur thermique, et que vous voulez encore en savoir davantage sur les autres choix.


    Le choix final pour isoler le pisé 

    Les plus capillaires, sont en “voie humide”, c’est à dire qu’on va utiliser de l’eau lors de la mise en œuvre, typiquement les enduits, ou béton à base de chaux et de chanvre.

    L’opposé de la “voie humide” est la “voie sèche” avec des isolants sous forme de panneaux (chanvre, fibre de bois, etc.).

    Les panneaux sont plus isolant, mais moins capillaires, et en épaisseur importante on va devoir utiliser un frein-vapeur…

    Pour véritablement terminer votre choix, c’est donc encore une histoire de compromis. 

    Les deux paramètres principaux que vous faites varier au moment du choix de l’isolant sont la capillarité et l’épaisseur.

    Plutôt que des longues phrases, je vais récapituler les liens entre les paramètres intéressant à l’aide de graphiques, bien plus parlants pour moi (pour vous aussi ça va ?) :

    La performance thermique diminue généralement quand la capillarité augmente.

    ​Le respect du pisé augmente quand la capillarité augmente.

    La résistance thermique augmente quand l’épaisseur d’isolation augmente. 

    ​Le respect du pisé diminue quand l’épaisseur d’isolation augmente


    Et je ne l’ai pas cité puisque c’est le seul que tout le monde connaît, c’est bien sûr le critère esthétique. Ça reste le plus “facile” à choisir. Ce qui ne veut pas dire facile à réaliser ...

    De plus, dans les critères non cités vous la perte de surface habitable, et l'utilisation de matériaux plus ou moins sain et écologiques.

    Bon ça peut encore ressembler un peu trop à un avis personnel tout ça, que disent les “spécialistes”, les instances officielles ?


    L’avis technique de la laine de verre a été modifié entre 2009 et 2019

    Commençons par la laine de verre.

    Pour mémoire, l’avis technique est un document qui valide techniquement un dossier établi par un industriel qui commercialise une solution qui ne rentre pas directement dans le cadre des DTU. 

    C’est le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, le CSTB qui coordonne ces validations. 

    Les artisans sont tenus de respecter l’avis technique de la solution qu’ils mettent en oeuvre. Dans le cas contraire, en cas de sinistre, ils sont reconnus responsables.

    Dans les faits, il est très difficile de se tenir au courant de toutes les évolutions, et les artisans qui ont confiance en leurs solutions ne se plongent pas tous les jours dans les dernières versions des avis techniques !

    Et pourtant, regardez ce qu’on peut y trouver en ce qui concerne le doublage de mur en placo, laine de verre, sur système optima, qui optimise l’isolation en limitant les ponts thermiques :



    ​En 2009, dans l’avis technique 20/09 -152 ce qu’on appelle le “domaine d’application (ou d’emploi)” du produit en question ne précisait pas de matériaux particuliers.


    10 ans plus tard, dans l’avis technique 9/11-946 V2, le domaine d’emploi mentionne que le mur concerné est soit en maçonnerie de petits éléments en béton conforme DTU 20.1 soit en ossature bois conforme au DTU 31.2.

    La différence ?

    Plus aucune construction qui pourrait présenter de remontées capillaires.

    Plus de pierre, plus de colombage, plus de pisé, plus de bâti ancien en fait, des millions de bâtiments semblent avoir été exclus du domaine d’emploi de cette solution.

    Techniquement, vous savez pourquoi. Sauriez-vous le réexpliquer ? Je vous invite à essayer 🙂


    Maisons Paysannes de France nous éclaire

    Maisons Paysannes de France est une association qui œuvre pour la protection du patrimoine bâti.

    Elles existe depuis 1965, et c’est une référence dans le domaine. Il existe un tas d’information sur leur site, et notamment sur la partie qui m’intéresse, la partie technique : 

    http://maisons-paysannes.org/restaurer-et-construire/fiches-conseils/

    On y trouve les documents du programme ATHEBA, amélioration THErmique du Bâti Ancien, et ça forcément on aime bien chez Comment bien isoler.com 🙂

    En bref, au moment de choisir comment isoler du pisé, voici les trois schémas les plus utiles :



    Conclusion sur comment isoler un mur en pisé par l'intérieur

    Nous avons vu les propriétés du pisé et notamment celle d’être le siège de nombreux échanges d’eau et de vapeur d’eau dans différentes directions. Nous avons vu aussi que la quantité d’eau contenue dans le pisé doit rester en dessous d’un certain seuil pour permettre la pérennité de l’ouvrage.

    Nous avons vu les différents facteurs qui peuvent influer sur la quantité d’eau dans le pisé, l’isolation n’en étant qu’une parmi d’autres.

    L’isolation intérieure doit permettre cette évacuation de manière rapide, durable et efficace.

    Nous avons aussi vu que les règles de l’art concernant le l’isolation par l’intérieur dans le pisé n’existent pas sous la forme d’un texte normatif. Pour le pisé, il faut se tourner vers les connaissances d’associations techniques reconnues d’utilité publique comme Maisons Paysannes de France.

    Nous avons noté que le domaine d’utilisation de l’isolant en laine de verre a été métamorphosé entre 2009 et 2019 puisque le bâti ancien n’y figure plus.

    Cela confirme  les recommandations des nombreux passionnés qui travaillent sur le sujet, à savoir d’utiliser des matériaux capillaires.

    Nous avons enfin vu que l’isolant intérieur devait être à la fois épais pour être thermiquement efficace, mais que cela pouvait nuire au respect du pisé.

    Nous avons donc vu qu’une approche sur la performance globale de la maison serait l’option la plus respectueuse du compromis entre confort thermique, et pérennité de la construction. 

    Le matériaux choisi pour isoler un mur en pisé sera donc capillaire et d’épaisseur limitée selon le compromis que choisira le maître d’ouvrage, propriétaire de la maison.


    Quid d'une contre cloison en béton cellulaire + liège en vrac ?

    C’est vrai que c'est top d’un point de vue isolation et qualité / pérennité de l’isolation, on a une bonne étanchéité à l’air, un isolant imputrescible…

    Mais cela ne permet pas l’évacuation de l’humidité du pisé, le liège en vrac n’étant pas capillaire.

    Selon l’emplacement du mur, et le diagnostic initial ça reste une option envisageable.


    Et s’il y a un enduit ciment à l’extérieur ?

    Là il n’y a pas trop de question à se poser. Il est étanche à la vapeur d’eau et met le mur complet en danger.

    Le minimum c’est de supprimer cet enduit sur 1m50 de hauteur pour laisser l’eau s’évaporer et diminuer l’humidité au cœur du mur.

    L’idéal ​étant de le supprimer complètement.

    Attendre plusieurs mois avant d’éventuellement enduire à la chaux. Ce choix dépendra de l’exposition de la façade, sa hauteur, son état, sa résistance à la pluie battante...


    S’il y a déjà un enduit ciment intérieur ?

    C’est moins grave qu’à l’extérieur mais c’est quand même un enduit étanche à la vapeur d’eau, qui nuit aux échanges naturels du mur en pisé.

    Il apporte une sensation de paroi froide, donc si vous pensiez déjà à isoler votre mur, c’est le moment de supprimer cet enduit.


    Si je veux plus de confort thermique qu'avec un enduit correcteur thermique ?

    La question mérite un développement bien plus long, mais en réponse courte, diagnostiquez l’ouvrage dans son ensemble : toiture, murs, sols, fenêtres, ventilation, chauffage, et améliorez en priorité ce qui peut l’être.

    Pour savoir comment faire, allez voir Comment bien isoler.com

    Et si tout ça est déjà fait, ou que vous savez que ça ne suffit pas, vous pouvez intégrer des réseaux d’eau dans le correcteur thermique, et ainsi créer des murs chauffants !

    Et comme une bonne nouvelle en appelle une autre, vous pouvez couplez cet astucieux système à votre installation d’eau chaude solaire. Comme ça ça coûte pas un radis 😉

    Pour en savoir plus sur les murs chauffant :

    https://www.apte-asso.org/a-voir-ou-telecharger/eco-construction/les-murs/mur-chauffant-en-terre

    Blog qui explique comment faire : http://maisonpaille.over-blog.net/article-le-mur-chauffant-basse-temperature-en-detail-76731973.html


    Si mon pisé à l’air sec, est-ce que j'ai des remontées capillaires ?

    C’est normal que le pisé aie l’air sec.

    J’aimerais vous proposer une expérience mentale pour bien cerner le phénomène : prenez une éponge sèche.

    Vous allez dehors, à l’abris de la pluie mais exposé au vent, sous ce fameux robinet dans la cuisine d’été, vous me suivez ?

    Vous déposez cette éponge, côté absorbant vers le haut, et vous la calez pour ne pas qu’elle s’envole.

    Maintenant vous ouvrez le robinet de sorte qu’une toute petite goutte tombe toute les 30 secondes. Vous laissez comme ça.

    Vous revenez trois jours plus tard, l’éponge est sèche.

    Elle est sèche parce qu’elle sèche plus vite que ce qu’elle ne se mouille.

    Maintenant, imaginez la même expérience mais l’éponge est presque entièrement enveloppée dans un sachet plastique.

    Il y a juste un endroit qui permet aux gouttes de rentrer.

    Au bout de trois jours l’éponge est trempée.

    Même un pisé soumis à des remontées capillaires importantes est sec s’il sèche en permanence.

    Ne vous fiez pas à cette simple observation pour en conclure que vous pouvez l’emballer dans un “sac plastique”.

    Et qui sait, même si cela fonctionne aujourd’hui, qu’en sera-t-il dans quelques années ?

    Merci de m’avoir lu jusqu'ici, j’espère que vous aurez appris quelque chose, pensez à partager cet article si vous pensez qu’il donne une vision intéressante et constructive de la rénovation d'un mur en pisé !

    A bientôt !

    Cédric 

    Comment bien isoler.com

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    1. Bonjour Cédric.
      Encore un super article ! Merci !
      Parmi les solutions envisageables pour isoler un mur en pisé (ou en pierres), est-ce qu’il existe une “base de données” avec les caractéristiques (performance thermique, capillarité, coût, facilité de mise en oeuvre, etc.) qui permettrait de comparer les différents matériaux et de faire un choix adapter à chaque situation ?
      Merci ?

      1. Bonjour Théo,
        Je fais suivre la question à Cédric et en attendant je te donne mon avis.
        Les meilleures “base de données” sont souvent dans les livres. Je recommanderais L”Isolation Écologique” chez Terre Vivante. Ou un hors-série du magazine La Maison Écologique sur le sujet.
        A+
        Gautier

    2. Bonjour,

      Merci pour ce blog très bien foutu et avec une mine d’or d’informations !

      Avant de faire quelques travaux dans ma maison en pisé, j’aimerais faire venir quelqu’un pour faire “expertiser” l’existant, afin de connaître ce qui a été mis en place et savoir quoi refaire.
      Avez vous des personnes à me recommander dans l’Isère (Artas) ?

      Merci d’avance

      Quentin

      1. Bonjour,

        Merci, oui par chez toi il y a:
        http://franckcharreton.e-monsite.com/ (Franck Charreton)

        Sinon :
        osmiaarchitecture.com/ (Julie Avons-Bariot )
        heliopsis-maconnerie.fr/ (Fred Moy)
        be-terre.fr/ (Martin Pointet)
        batipassif.fr
        tera-terre.org/

        A toi de choisir 🙂

        Gautier

        PS: Si j’en oublie, faites-vous connaitre dans les commentaires

        1. IL y a aussi http://www.formaterre.org/
          (Diagnostique en partie remboursé sur le tarif d’une journée de chantier participatif ou d’une journée d’accompagnement)

          Par ailleurs, sur mes murs en pisé, j’ai fait le choix personnel de 12cm de laine de bois + frein-vapeur et placage (fermacell ou placo) sur les murs donnant vers l’exterieur.
          Sachant que je ne l’ai fait qu’à l’étage (pas de remonté capillaire jusqu’à ce niveau).

    3. Bonjour,

      très intéressant et instructif.
      Merci pour cet article qui éclaire sur un sujet sur lequel on lit un peu de tout; ça me semble être une bonne synthèse.

      Cordialement

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